Julien Vidal, un optimiste curieux qui essaye de se changer avant de changer le monde


Articles, Se libérer / mardi, novembre 20th, 2018

L’interview en bref

– Julien Vidal est un optimiste curieux qui aime le contact avec la nature.
– Il est à l’origine du projet « ça commence par moi ».
– Il s’agit d’un blog qui répertorie 365 actions écocitoyennes que Julien a testées et adoptées pendant 1 an.
–  À travers ses actions, Julien réalise qu’il est possible d’agir concrètement à son échelle contre le réchauffement climatique.
– Parmi les actions qu’il a menées, rejoindre un supermarché coopératif est l’action qui a eu le plus d’impact.
– La peur du changement ne doit pas être une motivation pour ne pas agir.
– Pour Julien, changer est une source de motivation car cela lui permet de mieux se connaître.
– Julien a une vision optimiste de l’avenir. Autour de lui, il voit éclore de multiples initiatives. Une Renaissance est en marche.
– Le changement de paradigme n’est pas seulement accessible, il est nécessaire.

L’interview en détail

  1. Comment te présenterais-tu à une personne qui ne te connais pas ?

Je dirais que je suis quelqu’un de curieux qui vient d’une famille heureuse.

J’ai deux frères et j’ai grandi à Grenoble.

J’adore faire du vélo et les éclairs au chocolat.

  1. Quelles étaient tes passions enfant ? Adulte ?

Quand j’étais gamin, j’adorais dessiner. J’ai complètement perdu ça depuis.

Aujourd’hui, ce qui me remplit le plus est le contact avec la nature, que ce soit en allant courir en forêt, en faisant du voilier sur les côtes françaises ou de la randonnée en montagne.

  1. Comment as-tu eu l’idée de « ça commence par moi » ?

En rentrant des Philippines qui est un pays aujourd’hui très touché par le dérèglement climatique, je me suis dit : « Et moi dans tout ça? »

Qu’est-ce que je fais face à cet enjeu qui est la mère de toutes les batailles. Je ne savais par quel bout prendre ce fil du changement. Changer de métier? Reprendre mes études?

Et puis finalement c’est à mon retour en France que j’ai eu cette idée de « commencer par moi ».

J’ai découvert tellement d’alternatives écocitoyennes à mon retour (AMAP, supermarché coopératif, monnaie locale complémentaire, électricité verte, disco soupe, etc…) que je me suis dit qu’on n’avait pas besoin de tout réinventer pour construire un monde meilleur. Et que surtout nous n’avions pas besoin d’attendre.

J’avais envie de continuer à expérimenter pour comprendre comment je pouvais trouver mon rôle dans ces grands enjeux. Et pour aller au bout de l’idée, je me suis lancé un défi un peu fou, celui de tester et d’adopter dans mon quotidien 365 actions écocitoyennes en 1 an et de tout raconter quotidiennement sur un site Internet (www.cacommenceparmoi.org) pour partager avec mon entourage cette aventure.

  1. Quelles actions as-tu le plus de mal à adopter ? Pourquoi ? As-tu repéré des blocages psychologiques ? D’autres types de blocages ? Si oui, lesquels ?

C’est dingue mais finalement rien n’a été vraiment difficile.

Enfin, je n’ai pas dû me forcer pour adopter des actions plutôt que d’autres. Certaines actions ont pu être éloignées de moi ponctuellement mais plutôt que de me forcer à vouloir aller plus loin que ce que je pouvais, j’avais le luxe d’avoir un éventail tellement large de choses à changer et d’alternatives à adopter que je pouvais toujours agir en sortant juste ce qu’il fallait de ma zone de confort.

Plus largement, un des gros déclic à été de me dire que tout ça n’était pas une compétition à « gagner ».

Finalement, il n’y avait pas de ligne d’arrivée et ce n’était pas une course mais une enquête, un jeu qui m’a permis de transformer mon imperfection de « fardeau » à « opportunité ».

Depuis, je m’amuse de ce changement et ça change tout.

  1. Est-ce qu’il y a des actions que tu avais adoptées mais que tu as abandonné ? Parfois, il n’y a pas d’alternatives : café au bureau, nourriture toute-prête bio, produits qui soient à la fois locaux / équitables et bio.

J’ai réussi à garder plus de 95% des actions adoptées pendant cette année. Là où je sens que j’ai été moins rigoureux, c’est au niveau de ce qui touchait au digital. J’ai installé au fur et à mesure de ce défi tout un tas d’applications qui m’ont bien aidées les premiers jours de la découverte puis après je m’en suis lassé ou j’ai préféré le lien concret que j’avais pu créer dans la vraie vie.

  1. Quelles actions ont eu le plus d’impact positif sur ta vie ?

Sans doute le fait de rejoindre un supermarché coopératif. Aujourd’hui, je me sens vraiment acteur de la vie de mon quartier. Je sais que je favorise des initiatives locales, durables et éthiques en faisant mes courses et j’ai créé du lien avec les gens avec qui je « travaille » dans le supermarché. Certains d’entre eux sont même devenus de bons amis.

  1. Les actions qu’il faudrait faire pour réduire notre impact sont de plus en plus connues. Pourtant, j’ai l’impression qu’il y a une minorité de gens qui les mettent en pratique. J’ai l’impression que les gens ont peur du changement, de perdre leur confort de vie, de bousculer leurs habitudes. Toi à quoi as-tu renoncé ?

Oui, mais je dirais quand même que le changement est sur une tendance exponentielle en ce moment. De mon côté, j’ai du réapprendre pas mal de choses mais ce n’est jamais un renoncement. Aujourd’hui, je voyage beaucoup moins en avion par exemple (je l’ai pris une fois en 2 ans et demi) mais ce n’est pas grave finalement car il y a tellement de choses à découvrir en France.

Je n’ai jamais compris pourquoi les gens avaient peur du changement. Personnellement j’ai toujours aimé le fait de sortir de ma zone de confort. C’est dans ces situations que je découvre toujours un peu plus qui je suis.

  1. Est-ce qu’il y a des moments où tu es démotivé ? Que fais-tu pour garder la foi ?

Il y a eu des ras-le-bol, des frustrations et surtout beaucoup de loupés. Mais finalement rien de très grave. À chaque fois que je me retrouvais dans cette situation, je me disais la même chose : « ça fait 30 ans que je n’agis pas assez vite et que je ne change pas de manière suffisamment drastique alors ce n’est pas parce que j’essaye mais que j’échoue ponctuellement qu’il faut me flageller. Demain sera une nouvelle occasion de tenter le coup à nouveau et de m’améliorer. »

  1. Si on regarde l’histoire de l’humanité, on voit que les sociétés ont changé suite à des traumatismes (guerres ou catastrophes naturelles) je n’ai pas d’exemples de changements voulus. En as-tu ? Comment rester optimiste face à ce constat ?

En voilà une question difficile. Et je ne partage pas vraiment ce constat.

La Renaissance est une période de l’histoire qui a été profondément marquée par l’art alors que ce n’était que quelques centaines d’artistes derrière un mouvement qui a changé tout un continent. Aujourd’hui, quand je regarde ma vie, je me dis que c’est grâce à d’autres humains que j’ai profondément et durablement changé.

Alors quand je vois le nombre de personnes qui sont autour de moi en train d’agir, de se mettre au service d’une cause qui les dépasse et d’être heureux en possédant moins mais en se déconnectant au Vivant dans sa globalité, alors je me dis qu’il ne nous manque pas grand-chose pour un changement exponentiel et radical.

Il suffit juste d’arriver à faire passer tous ces acteurs du statut de « moutons noirs » à celui « d’étincelles de la transition ».

  1. Est-ce que tu as encore aujourd’hui des dissonances cognitives qui t’empêchent de vivre selon tes convictions ? Que fais-tu pour les accepter ?

Aujourd’hui, je me sens complètement adulte, responsable de mes actes et moteur de ma transition. Je n’ai jamais autant eu l’impression d’être à l’aise dans mes baskets et ça fait un bien fou.

 

 


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