J’ai inauguré la lecture sur Kindle avec le roman Les frères karamazov de Dostoievski.

Ce roman est considéré comme un chef d’œuvre de la littérature russe.

J’ai longtemps hésité à me lancer dans sa lecture.

Il faut dire que ne suis pas particulièrement sensible aux distinctions.

Elles se terminent trop souvent par une grande attente et beaucoup de déception.

De plus, le format du livre, plus de 1000 pages, m’impressionnait et j’imaginais mal transporter un tel pavé.

Enfin, j’avais de gros aprioris sur la littérature russe. Je m’imaginais un style lourd, une multitude de personnages, une intrigue simplette.

Pourtant, une série de coïncidences m’ont décidé à me lancer :

  • Le livre figurait dans la liste de recommandations de Zat Rana, un de mes blogueurs préférés.
  • Je venais de lire deux ouvrages qui faisaient des références explicites à ce roman.

Je ne pouvais pas ignorer ces appels du destin et je ne le regrette pas.

Les frères Karamazov est un roman, un essai philosophique et une fresque de la Russie du 19è siècle.

Un roman qui mène à des questions profondes

Le roman raconte l’histoire d’un parricide au sein d’une famille russe composée de Fidor Karamazov et de ses 4 fils.

Chaque personnage incarne des valeurs et un courant philosophique.

  • Alexei, le plus jeune des frères karamatov est un homme de foi. Il incarne la pureté.
  • Ivan, le deuxième fils est un intellectuel matérialiste. Il incarne le nihilisme.
  • Dimitri, l’aîné est un homme impulsif, tiraillé entre ses penchants naturels et ses obligations sociales. Il incarnerait, selon l’auteur, l’ « homme russe » mais il pourrait aussi incarner l’homme tout court.
  • Smerdiatov, fils illégitime qui devient son domestique. Il incarne la faiblesse d’esprit et la lâcheté. Il est très influencé par les idées d’Ivan qu’il admire. Cela le conduit à assassiner son père et à ne jamais reconnaître sa culpabilité ni à nourrir des remords.

Dimitri est suspecté du meurtre de son père.

Il se disputait un héritage mais surtout une femme Grouchenka, une prostituée de laquelle ils sont tous les deux tombés amoureux.

Le roman retrace l’histoire de ce parricide jusqu’au procès.

L’intrigue est un peu simple mais les personnages du roman sont profondément humains, ce qui les rends attachants.

Les questions qui les obsèdent et les sentiments qui les habitent sont d’une contemporanéité troublante.

En effet, l’intrigue permet à l’auteur d’explorer plusieurs questions métaphysiques telles que l’existence de Dieu, la liberté, l’amour, le sens de la vie ou encore l’éthique.

Voici les 2 thèmes du roman qui m’ont le plus marquée :

Thème 1. La vie sans spiritualité

La question de l’existence de Dieu tient une place importante dans le roman.

Le livre est écrit pendant le siècle des Lumières qui préfigure le déclin religieux en Occident.

Dostoievski prédit ce déclin religieux et le remplacement de Dieu par le triomphe de la raison et de la Science.

Il prédit le manque de repères posés par le nihilisme et le matérialisme.

D’ailleurs, le personnage d’Ivan qui incarne ce courant de pensée va au fur et à mesure du roman sombrer dans la folie et ne jamais en sortir.

Thème 2. La liberté

Un poème présent à mi-lecture nommé Le Grand Inquisiteur m’a beaucoup habitée.

Il s’agit d’un long monologue du personnage Ivan.

C’est un poème dans lequel l’auteur disserte sur la liberté.

Le roman est ponctué par plusieurs monologues où l’auteur explore des questionnements métaphysiques.

Ce passage est le plus emblématique de l’œuvre de Dostoievski.

Ce poème démontre que l’homme n’est pas fait pour la liberté.

Pour l’auteur, le Christ a voulu apporter la liberté aux hommes en les libérant des préceptes moraux passés.

L’homme n’est pas à la hauteur de cette liberté.

Il préfère l’ordre et la sécurité à la liberté.

C’est pourquoi il se tourne vers de nouvelles idoles : le matérialisme, la science, les tyrans.

Dans ce poème un « Grand Inquisiteur » questionne et condamne le Christ qui est revenu parmi les vivants.

Il justifie également sa domination.

Il justifie avoir modifié l’œuvre de Dieu pour apporter le bonheur sur terre. Pour cela, il a dû cédé à la tentation, c’est à dire recourir à 3 moyens qui permettent selon l’auteur d’asseoir une domination sur terre : le miracle, le mystère et l’autorité.

Ces 3 moyens font écho à une célèbre parabole de l’Évangile dans laquelle le Christ coincé en plein désert doit faire face aux trois tentations :

  • La tentation du pain. Le diable demande au Christ de changer les pierres en pain pour montrer sa divinité.
  • La tentation de l’ego. Le diable demande au Christ de se prosterner devant lui.
  • La tentation de la reconnaissance. Le diable demande au Christ de se jeter du haut du temple pour prouver sa divinité.

A travers ce poème, Dostoievski défend la religion.

Il met en garde contre l’affaiblissement de la croyance religieuse, la montée du matérialisme et le culte de la Science qui deviennent des idoles destructrices des valeurs morales.

On peut aussi penser qu’il critique les institutions religieuses qui ont dévoyé le message du Christ en faisant alliance avec le pouvoir politique.

« Si Dieu est mort, tout est permis », la célèbre maxime d’Ivan est citée plusieurs fois le long du roman.

Elle est également citée par Smerdiatov pour justifier son crime.

Cette phrase invite à la réflexion :

  • sur quels principes peut-on ériger un vivre ensemble sans la religion ?

L’organisation libérale conduit au délitement social comme le montre ce passage, aux allures prémonitoires :

«  Le monde dit au pauvre : tu as des besoins ? Satisfait-les. Tes droits sont égaux à ceux des riches. Mais satisfaire ses besoins, c’est les multiplier car d’un désir contenté naît un nouveau désir. Et voilà la liberté, telle que l’entend le siècle. Elle engendre pour le riche l’isolement et le suicide moral, et pour le pauvre l’envie et le crime ».

Ce que j’ai appris

  • Il n’est pas facile de se détacher des conditionnements transmis par l’éducation, la culture ou la religion.
  • Il est plus facile encore aujourd’hui de se tourner vers de nouvelles idoles : le matérialisme, la science ou des « gourous » en tout genre que de penser par soi-même.
  • L‘absence de spiritualité conduit à la folie ou au mal-être.
  • Les personnages quel que soit le courant philosophique qu’ils incarnent sont sans cesse tiraillés entre des passions et des désirs, des souffrances et des incompréhensions, des colères et des exaltations… Cela montre que finalement le doute fait partie de la nature humaine. 
  • Quelques citations

  • «  Nous nous enthousiasmons parfois pour le plus noble des idéals, mais nous ne voulons pas souffrir pour lui »
  • « La nature outragée et le coeur criminel ont des peines plus redoutables que celles de la justice humaine »
  • « Un gâteau dans la main d’un autre paraît toujours plus grand qu’il n’est »
  • « Tu n’échappes jamais à ton propre regard ».
  • « L’important est de fuir le mensonge, surtout le mensonge qu’on se fait à soi-même. »
  • « Ne faut-il pas aimer la vie plutôt que de chercher un sens à sa vie ? »

Crédit Photo : merci Maximilien T’Scharner