Comment accéder au bonheur ?


Articles, Se connaître / vendredi, octobre 26th, 2018

Je lisais un article de Zat Rana.

Il s’agit d’un auteur 3.0. Ses écrits mêlent philosophie, art, sciences et histoire pour décortiquer la condition humaine.

Dans son article Comment échapper aux ennemis du bonheur ?, il propose une lecture critique du philosophe allemand Arthur Schopenhauer. L’article de Zat Rana m’a paru si intéressant que j’ai eu envie de le partager.

Soyons honnête, je n’ai jamais lu cet auteur.

Je suis plus attirée par les essayistes contemporains.

Pourtant, les conclusions du philosophe datant du 19e siècle m’ont paru très actuelles :

« L’étude la plus générale nous montre que les deux ennemis du bonheur humain sont : la douleur et l’ennui. Dans la mesure où nous avons la chance de nous éloigner de l’un, nous nous approchons de l’autre. La vie présente une oscillation plus ou moins violente entre les deux.
Ainsi, alors que les classes populaires sont engagées dans une lutte incessante contre le besoin, c’est-à-dire contre la douleur, les classes supérieures mènent une lutte constante et souvent désespérée contre l’ennui. »

Ces conclusions se basent sur l’étude de la construction des émotions.

Nous sommes coincés dans un axe plaisir/douleur

Les biologistes et les neurologues ont longtemps pensé que les émotions telles que la joie ou la colère étaient innées et universelles.

Récemment, des théories tentent de démontrer que les émotions sont le fruit d’une construction. Bien que nous ressentions de la colère, la colère n’existe pas de façon concrète. Elle résulte de phénomènes qui ont lieu dans notre corps à un moment donné. Ces phénomènes ne sont pas ressentis de la même façon selon les personnes.

D’après cette théorie, les émotions n’existent pas. Seul l’axe plaisir/douleur existe. Nous intégrons l’information et guidons nos actions en fonction de cet axe.

Les émotions et la pensée n’existent que parce que nous créons des distinctions linguistiques entre elles. La colère est de la colère, car nous l’appelons collectivement « colère ».

Schopenhauer va plus loin. Il distingue un nouvel axe douleur/ennui. La douleur peut être constante et omniprésente car il s’agit d’un appel à l’action. Si vous n’y répondez pas, elle persiste. Le plaisir n’est pas constant. Il se transforme en ennui si vous avez tout ce dont vous avez besoin. Sinon, la survie serait impossible.

Nous sommes coincés dans ce axe. Si nous nous éloignons de l’un, nous nous déplaçons vers l’autre. Ni l’un ni l’autre ne nous apporterons la satisfaction.

La douleur n’est pas la bienvenue, mais un profond ennui existentiel peut être tout aussi tortueux. Dans certains cas, peut-être même plus car il conduit à la dépression.

Cultiver une connexion corps/esprit est une échappatoire 

Pour résoudre ce problème, Schopenhauer suggère que nous abandonnions nos préoccupations vis-à-vis du monde extérieur pour nous réfugier dans le monde de la pensée. En somme que nous cultivions notre « richesse intérieure ».

Bien sûr, la pensée ne permet pas d’échapper à la douleur physique, mais nous pouvons briser les chaînes de l’ennui avec la pensée.

En ignorant le monde extérieur et les interactions que nous avons en lui, Schopenhauer soutient que nous pouvons soustraire nos pensées de cet axe plaisir/douleur.

Cette théorie parait séduisante sur le papier, mais dans la vrai vie, les choses ne se passent pas exactement comme cela.

Nos pensées ne peuvent pas être totalement détachées de l’axe plaisir/douleur. Parfois, nos pensées amplifient la sensation de douleur ou d’ennui. Ce n’est pas parce que je vais penser à être détendu que je vais rester indifférent à l’annonce d’une rupture.

Nous ne pouvons pas toujours contrôler nos pensées.

Par contre, nous pouvons cultiver notre richesse intérieure en intégrant une approche holiste du corps et l’esprit. Il s’agit de porter autant d’attention à notre corps qu’à nos pensées.

Dans de nombreux cas de douleur et d’ennui, on peut observer notre corps et nos sensations, et constater la nature changeante de l’affect que nous vivons.

Très peu de gens prennent conscience de leur corps. Très peu font le lien entre les mouvements et des sentiments qui surgissent. Or cette attention au moment présent peut-être aussi thérapeutique qu’une fuite mentale.

Elle nous fait prendre conscience de nos automatismes. Cela nous permet de prendre du recul sur une situation donnée et envisager une nouvelle direction.

On ne peut pas échapper à l’ennui et à la douleur en se concentrant uniquement sur notre pensée ou exclusivement sur notre corps. Au contraire, il faut établir une connexion entre la pensée et le corps.

Ce qu’il faut retenir

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Schopenhauer a essayé de voir la réalité telle qu’elle est plutôt que de s’enfermer dans des théories abstraites.

La condition humaine nous condamne à vivre dans un axe plaisir/douleur mais le plaisir continuellement présent conduit toujours à l’ennui.

Nous pouvons parfois y échapper en nous réfugiant dans la pensée intellectuelle mais nous ne pouvons pas rompre complètement le lien entre nos pensées et cet axe plaisir/douleur.

Pour trouver un équilibre, nous devons donc développer un lien fort entre le corps et esprit. Si, nous prêtons plus d’attention à notre corps, nous pouvons identifier des sentiments et des sensations qui sont masqués par un esprit encombré.

Le lien entre corps et esprit semble aujourd’hui évident. Pourtant dans notre quotidien, nous l’ignorons souvent et nous ne constatons les dégâts qu’ultérieurement.

La pratique de la méditation, du yoga, de la musculation … permet de rétablir ce lien.

L’insatisfaction existe, que nous le voulions ou non, mais la façon dont nous la traitons fait toute la différence.

L’article en anglais est disponible ici

 

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