Faut-il être reconnu pour réussir ?


Articles, Se libérer / jeudi, septembre 27th, 2018

« Peu importe ce que tu fais, il faut réussir ! » Cette phrase pourrait être le letimotiv de toute une génération.

La réussite est pourtant une notion très subjective et très personnelle.

Le piège est de nous faire croire que la réussite extérieure est la seule qui compte. Or, ce n’est qu’à l’intérieur de chacun de nous que nous pouvons juger ce qu’est la véritable réussite.

Si le rêve de Richard Branson était de vivre au fond d’une forêt, le fait d’avoir créé de multiples sociétés et d’avoir vécu entouré d’une multitude de personnes peut être perçu comme un échec.

J’ai mis longtemps à comprendre cela. Il est parfois difficile de se défaire du besoin de reconnaissance. La question de la reconnaissance se pose notamment aux artistes, aux sportifs, aux entrepreneurs.

Doivent-ils être connus pour réussir ? Être  connu : oui mais par combien de personnes ?

La théorie des 1000 vrais fans

Il y a quelque temps déjà j’avais lu l’article de Kevin Kelly, co-fondateur de WIRED, sur la théorie des 1000 vrais fans. Pour simplifier, Kevin Kelly tente de démontrer qu’il suffirait à un créateur d’avoir 1000 fans prêts à dépenser en moyenne 100$ par an pour acheter ses œuvres pour bien gagner sa vie et vivre de son art.

Au premier abord, j’ai trouvé cette théorie raisonnable.

Il parait plus accessible d’arriver à convaincre 1000 personnes de son talent que de devenir la future « super-star». Le star-système est structuré de façon à ce qu’il y ait peu d’élus qui raflent la mise. C’est le cas des gens comme Tim Ferris dans le secteur du développement personnel, Ronaldo dans le secteur du Football ou Steeve Jobs dans le secteur de l’électronique. Ces personnes sont « rares ».

L’objectif des 1000 vrais fans paraît d’autant plus raisonnable qu’internet a aboli les barrières à l’entrée sur le marché de la création. Tout le monde peut, en théorie, produire un produit ou un service et tenter d’en tirer une rémunération directe.

En y réfléchissant, je me rends compte de la difficulté et de l’ampleur de la tâche.

Avoir 1000 fans implique de créer une audience de plusieurs milliers de personnes. Toutes les personnes qui suivent notre travail ne vont pas forcément acheter nos œuvres. Si on fait l’hypothèse d’un taux de conversion du 10 %, il faut que 10 000 personnes suivent votre travail.

Avoir 1000 fans engagés requière un travail de longue haleine et prend plusieurs années. Même en faisant l’hypothèse de séduire un nouveau fan tous les jours, il faudrait 3 années pour aboutir à 1000 fans. Se faire connaître tous les jours d’une personne qui sera prête à nous donner 100 euros est un sacré défi !

Qui sont les artistes que vous appréciez/admirez auxquels vous avez donné 100 euros cette année ? Pour ma part, j’ai beau réfléchir je n’arrive pas à en trouver.

En interrogeant mon entourage, je me rends compte que la plupart de mes proches vont donner 20-30 euros en moyenne par an à un artiste même si cela varie beaucoup selon le secteur d’activité. Un concert coûte tout de suite plus cher, mais il faut tout de même déjà avoir une certaine notoriété pour espérer vendre des places à 100 euros.

Au final, même si on arrive à avoir 1000 vrais fans, il ne me parait pas possible d’entretenir des relations interpersonnelles avec autant de personnes. Dès lors, la vraie question à se poser est : pourquoi souhaite-t-on avoir 1000 fans ?

La théorie de Dunbar 

Dunbar est un anthropologue et psychologue évolutionniste britannique.

Il a fait une étude dans laquelle il a démontré que la taille naturelle d’une communauté d’homo sapiens était d’environ 150 individus.

Le néocortex ne permet pas à l’homme de construire des relations individuelles avec plus de 150 personnes à la fois. Or une communauté se construit sur la base de relations individuelles. Que l’on le veuille ou non, Internet ne change rien à cela.

Transposé au milieu artistique/entrepreneurial, cela revient à penser qu’un artiste/un entrepreneur doit se concentrer sur les 150 personnes avec qui il interagit qui pourront être des « ambassadeurs » pour faire connaître son « art ».

Une autre vision de la réussite va s’imposer

Je suis convaincue qu’une autre vision de la réussite va s’imposer. Elle ne se basera plus sur la célébrité mais sur la qualité du travail fourni. Le monde est rempli de personnes célèbres qui n’ont rien accompli ! Ont-elles pourtant réussi leurs vies ? Le succès et la reconnaissance ne doivent pas être des objectifs mais des conséquences indirectes du travail fourni. Ce sont des facteurs externes qu’on ne peut pas maîtriser. C’est pour cela qu’il vaut mieux rester concentrer sur son art. À ce niveau, il y a un seul secret pour réussir : perfectionner son art en lui consacrant les fameuses 10 000 heures de travail citées par Gladwell dans son livre Outliers.

Au final, cela revient à penser qu’il faut réussir sa vie et non pas réussir dans la vie, non ?

 

Photo Credit : merci à Sandie Pollard

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