Comment la méditation peut conduire au terrorisme ?


Articles, Se libérer / jeudi, février 7th, 2019

Cette semaine marque le retour du blog suite à une période d’absence pendant laquelle j’ai enchaîné les pépins de santé.

Pour ce retour, j’ai choisi de parler de mon premier livre de Murakami Harari.

J’ai choisi le titre « Underground » au hasard.

J’ai découvert qu’il constituait une excellente introduction à l’œuvre de Murakami.

Murakami est un auteur japonais qui écrit des nouvelles avec un style particulier.

Il est simple et concis.

La lecture est agréable même si le sujet du livre est grave.

Underground montre comment la perte de sens peut conduire à la spiritualité.

Puis comment la spiritualité peut conduire à l’extrémisme.

Avant d’entamer le résumé détaillé, un retour sur les origines du livre s’impose.

  1. Les origines du livre

Le livre nous replonge dans l’attaque au gaz sarin du métro de Tokyo.

Cette attaque fut perpétrée par la secte Aoum en 1995.

Elle a entraîné la mort de 13 personnes et fait plus de 600 blessés.

Le romancier Haruki Murakami a interrogé des victimes de l’attaque et des membres de la secte.

Le livre mêle entretiens, réflexions philosophiques et critique sociale.

Les médias ont privilégié l’approche superficielle.

Ils n’ont pas analysé les causes profondes de l’attaque.

Haruki Murakami voulait donner à voir une réalité plus complexe et moins manichéenne.

  1. Qui sont les membres de la secte d’Aoum ?

Les membres de la secte Aoum appartiennent à la classe éduquée.

La plupart ont des diplômes supérieurs.

Les membres de la secte ne se reconnaissent pas dans les valeurs véhiculées par la société japonaise.

Ils se posent beaucoup de questions existentielles.

Les membres se sentent isolés dans les discussions ordinaires.

Le matérialisme créé un vide spirituel.

Rapidement ce mal-être psychologique se traduit dans leurs corps.

Ils se sentent fatigués, s’ennuient et ont des insomnies.

Souvent, ils découvrent la secte Aoum par biais de cours de Yoga et de méditation.

Ils observent une amélioration de leurs problèmes physiques et psychiques.

Ils sont donc convaincus par cette approche et veulent aller plus loin.

Très vite, ils sont convaincus qu’ils appartiennent à une élite.

Une élite dont la mission est de s’élever spirituellement.

Ils sont prêts à tout pour atteindre ce but : perdre leurs possessions matérielles, couper les liens avec leur entourage et renoncer à leur statut social. Ils entrent en samana, c’est-à-dire qu’ils décident de consacrer leur vie à leur éveil spirituel et intègrent la communauté d’Aoum. La communauté leur fournit un nouveau travail et un lieu de vie.

  1. Qui sont les victimes ? Que disent leurs témoignages ?

Murakami a rencontré une soixantaine de victimes.

Il a essuyé de nombreux refus.

Certains ne voulaient pas ré-ouvrir des plaies.

Ils avaient peur d’être perçus comme des traîtres.

Ceux qui ont témoigné restent pudiques sur leurs émotions.

La plupart ont des souvenirs flous de l’attaque.

On ressent un profond malaise.

Certaines victimes ne se disent pas surprises par l’évènement.

Elles pressentaient que la société japonaise se crispait.

D’autres ont pris conscience d’un malaise sociétal suite à l’attaque.

En effet, lors de l’attaque, beaucoup de passants sont restés indifférents aux appels à l’aide.

La plupart des victimes se sont rendues à leur travail comme si de rien n’était.

Les services de secours ont vite été dépassés.

Ils n’étaient pas prêts pour ce type d’attaque.

Les victimes sont des gens ordinaires : femmes, hommes, jeunes et moins jeunes.

On comprend à travers les différents témoignages que le travail occupe une place centrale dans leur vie.

Le travail structure leurs routines. Les japonais se lèvent très tôt et sont très en avance à leur travail.

La plupart ont quitté la campagne pour venir s’installer en ville et vivent seuls.

La plupart des victimes ne ressentent pas de haine contre les membres de la secte. Certains vont même jusqu’à dire que la peine de mort n’est pas une solution. Tous souhaitent que la justice fasse son travail.

Ils ont été choqués par la couverture médiatique trop simpliste. Ils ont constaté un décalage important entre la réalité et le traitement médiatique de l’évènement. Cette dichotomie les effraye.

Les victimes souffrent de séquelles importantes qui persistent parfois plusieurs mois après l’attaque. Elles se sentent incomprises car aucun statut, ni système d’aides n’a été mis en place.

C’est comme si la société japonaise avait refoulé ce qui s’était passé.

Elle a relégué l’attaque au rang de « simple incident de l’histoire ».

L’attaque n’a pas questionné les valeurs véhiculées par la société japonaise.

4. Quelles leçons tirer de cette attaque ?

L’attaque au gaz sarin a eu lieu il y a 22 ans à des milliers de kilomètres de la France.

Pourtant, en lisant ce livre, j’ai eu l’impression que Murakami décrivait une histoire familière.

Quand il dit que la perte de l’ego a conduit à la perte du fil de la narration du « moi » et du « nous », j’ai l’impression qu’il parle de la société française.

En effet, on observe une perte de repères sur le plan individuel et collectif.

Comme je l’ai démontré dans mon dernier article, le matérialisme ne suffit plus à notre bonheur. Le monde est de plus en plus complexe et nous nous sentons démunis.

Dans ce contexte, il est fort tentant de revenir à des schémas d’explications simplistes de la réalité et de croire que nous seul détenons la vérité.

Les explications les plus simples sont celles qui rencontrent le plus de succès.

Les exemples sont nombreux :

  • « le chômage augmente, c’est la faute aux immigrés qui piquent les emplois »,
  • « les gilets jaunes sont la preuve qu’il est impossible de réformer la France »,
  • « il suffit de traverser la rue pour trouver un emploi »

Ces explications simplistes sont dangereuses car elles créent une réalité effrayante. Elles nourrissent la peur.

À force de nourrir le monstre un jour il se retourne contre nous.

C’est ce qui s’est passé au Japon en 1995.

L’isolement social, le culte du matérialisme et l’obsession du travail ont conduit une partie de la population la plus fragile à se tourner vers un mouvement sectaire qui leur promettait une vie meilleure dans un autre monde.

Heureusement, on peut encore choisir de percevoir une réalité différente.

On peut choisir de penser par soi-même.

On peut oser l’optimisme !

 

Photo Credit = merci à Quinten de Graaf !

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