L’interview en bref

  • Pauline rédige le blog Un invincible été dont je suis une lectrice fidèle depuis des années.
  • Elle est rédactrice et community manager en freelance, elle écrit des romans et travaille en tant que bénévole dans une association de lutte contre les violences sexuelles, L’Échappée.
  • Dans son interview, Pauline revient sur son parcours, ses routines et le sens de son engagement.
  • Elle nous rappelle que ce n’est pas si grave de ne pas suivre une voie toute tracée.
  • Elle montre également que l’on peut s’épanouir en expérimentant des formes de travail non rémunéré. Son engagement associatif et ses projets créatifs sont essentiels à son équilibre personnel et sont utiles à la société.

L’interview en détail

1. Comment te présenterais-tu si on se rencontrait pour la première fois ?

Argh, je déteste me présenter. Souvent les gens attendent de savoir quel travail on fait, alors que c’est vraiment quelque chose qui m’intéresse très peu… Mais j’essaye de modeler une image de moi qui me convienne. Je m’appelle Pauline, j’ai 24 ans, et je me considère comme une raconteuse d’histoire et une militante. J’écris, sur mon blog et des romans, et je suis engagée : je suis féministe, notamment. Ce sont probablement mes deux facettes les plus importantes.

2. Quelles étaient tes passions enfants ? Aujourd’hui ?

Petite, j’adorais lire. Je dévorais tous les livres qui me tombaient sous la main, et c’est définitivement une passion que j’ai embarquée dans l’âge adulte. Aujourd’hui, j’englobe la création, en général, dans mes passions (la peinture, la création manuelle, l’écriture…), et la communication aussi. Je suis fascinée par les liens que tissent les gens entre eux, et comment ils les font vivre.

3. Tu as eu un parcours non linéaire. Après le bac tu as intégré la FAC pour devenir traductrice audiovisuelle. Tu as finalement abandonné ce projet car ça ne te convenait pas. Qu’est-ce qui t’a permis d’avoir un équilibre quand tu étais en questionnement sur ton avenir professionnel ?

J’ai eu la chance d’avoir conscience que ce n’était pas si grave. J’étais très jeune, j’ai abandonné la fac quand j’avais 18 ans, et je savais que j’avais quelques années « en rab » par rapport à celleux qui ont passé leur bac à cet âge-là, justement. J’étais aussi très bien entourée, soutenue notamment par mon amoureux, qui m’a aidée à comprendre que le bonheur passait par autre chose que le niveau d’études et le montant du salaire.

4. Pourquoi as-tu décidé de reprendre tes études ? Comment as-tu choisi ta formation ? Penses-tu avoir trouvé ta voie ?

Après deux ans de tâtonnement (oui, j’ai vraiment pris mon temps haha), j’ai décidé de faire un service civique. J’étais déjà bénévole dans une association environnementale, et j’avais envie de mieux découvrir le milieu associatif. Pendant mon service civique, dans une asso jeune et dynamique, j’ai découvert un truc dont je n’avais auparavant jamais eu l’idée. Que ce que j’aimais faire au quotidien (écrire des articles de blog, animer une communauté en ligne), c’était un métier. Je ne savais vraiment pas que la communication, surtout pas associative, était un métier.

Grâce à ma tutrice de service civique, je me suis renseignée et j’ai trouvé une formation près de chez moi. Mes impératifs : qu’elle soit gratuite et courte. J’ai intégré un DUT en année spéciale, c’est-à-dire que mon année de licence d’anglais validée et mes différentes expériences par la suite m’ont permis de passer mon DUT en un an au lieu de deux. Pour moi, reprendre mes études c’était confirmer mon projet pro, et entériner mes acquis. Je pense que j’ai trouvé ce que j’aimais le plus faire, et que j’ai trouvé les moyens d’en vivre !

5. Est-ce que tu penses que le travail doit impérativement avoir du sens ?

Je pense que beaucoup de choses représentent un « travail », et pour moi, tout doit avoir un sens. Aujourd’hui, je n’ai pas encore trouvé d’emploi salarié qui ait assez de sens pour moi, pour que j’y consacre 35h/semaine. Je suis en train de construire un autre projet professionnel, qui aurait tout son sens, et en attendant ça fait des années que je travaille pour des projets porteurs de beaucoup de sens et de valeurs : mon blog, et les différents associations dans lesquelles j’ai été ou suis engagée.

6. Pourquoi as-tu lancé le blog « Un invincible été » ? Quelle était ton ambition ? Sais-tu qui sont tes lecteurs ?

J’ai, d’aussi loin que remonte ma connexion internet, toujours eu un blog. J’ai créé Un invincible été après « Une jeune idiote », un blog où je me suis vite sentie à l’étroit – je n’avais pas choisi le meilleur nom et le meilleur pseudo pour me valoriser, à l’époque. J’y avais écrit un article féministe qui avait un peu retenti, et qui m’avait apporté beaucoup de violence. En créant Un invincible été, je voulais repartir de zéro, créer un espace positif, un espace de création aussi. Je me suis toujours dit que mon blog était mon bac à sable. C’est peut-être pour ça que je suis toujours aussi surprise que des gens me suivent depuis si longtemps.

D’après mes statistiques, mes lecteurs sont surtout des lectrices, et chose assez amusante, elles sont en très très grande majorité plus âgées que moi. (Je rejoins bientôt leur tranche d’âge, je vais peut-être me sentir plus légitime comme ça) Je crois que mes lectrices sont des personnes très ouvertes d’esprit, très bienveillantes. Je doute beaucoup, j’en parle assez souvent, et il y a toujours au moins une personne qui me lit et qui prend le temps de me laisser un mot gentil.

7. Qu’est-ce qui te donne la motivation pour écrire régulièrement depuis presque 4 ans (il me semble) ?

Écrire, en soi, ça ne me demande pas beaucoup de motivation. Ça peut paraître un peu prétentieux, mais j’écris depuis que je sais écrire. Écrire pour les autres, par contre, ça, c’est vrai que ça demande un certain mental. Parfois il y a peu de retours sur ce qu’on fait… et alors écrire de la fiction, et rêver d’être publiée, c’est encore autre chose ! Ce qui me motive, alors, c’est de repenser à tous les compliments qu’on m’a fait au détour d’une phrase, d’un texte, que j’ai publié. Ça me rappelle que non seulement j’ai des histoires à raconter, mais que certaines personnes, aussi peu nombreuses soient-elles, aiment les lire.

8. Est-ce que tu as des routines qui t’aides à mieux-vivre et à être en paix ?

Je suis un être de routine, mais mes routines changent beaucoup. En ce moment, j’apprécie de vivre à un rythme qui m’est vraiment propre. De me réveiller naturellement, de prendre le temps de manger, de finir la plupart de mes journées par une séance de yoga, de lire avant de m’endormir… Le yoga fait définitivement partie de ma routine constante, pour apaiser le mental et le corps tout en même temps.

9. Comment est-ce que tu arrivais à concilier travail / écriture et engagement associatif ?

En n’aimant pas trop travailler… Ce n’est pas une réponse très populaire ! Je m’explique. J’ai repris mes études pour trouver du travail, mais depuis très longtemps, je trouve que le modèle de travail qu’on nous vend comme obligatoire, c’est-à-dire le 35h/semaine, n’est pas du tout adapté à une vie épanouie comme je l’entends. Je fais maintenant un métier qui demande beaucoup d’investissement. Dans la communication, il n’est pas rare de travailler en soirée, le weekend, de faire du rab à n’en plus finir, de ne pas compter ses heures. Moi, j’ai toujours compté mes heures. Je revendique une certaine forme de paresse : je n’ai jamais eu un salaire mirobolant, pourtant on m’a très souvent demandé de travailler énormément pour pas beaucoup de reconnaissance. Le jeu n’en valait pas vraiment la chandelle, et ça m’a appris à déconstruire cette idée qu’il faut travailler beaucoup (de manière rémunérée) pour valoir quelque chose. L’écriture et mon engagement associatif, c’est vraiment une partie très importante de ma vie, j’ai besoin de temps pour m’y consacrer. Je suis prête aujourd’hui à gagner moins si ça veut dire que j’ai, par exemple, un jour par semaine pour ces activités si essentielles, non seulement pour moi (mon blog, la fiction) mais aussi pour la société (mon asso).

10. Est-ce qu’il y a une question que je ne t’ai pas posé et à laquelle tu aurais aimé répondre ?

Pas vraiment, mais je tiens à te remercier de ne pas m’avoir demandé « ce que je fais dans la vie » 😉