Peut-on choisir de contrôler sa vie ou sommes-nous condamnés à la tache ?

Cette question fait écho au roman la tache de Philippe Roth.

La tache est un des meilleurs romans que j’ai lu depuis des années.

Je l’ai dévoré en quelques jours.

Il est tombé au bon moment.

Des évènements ont fait que j’ai dû remettre en question ma tendance au « control freak » pour apprendre à « lâcher prise » et à ne plus être esclave des injonctions que j’avais intériorisées sans m’en rendre compte.

Le roman la tache fait écho à ce questionnement.

Il retrace l’histoire d’un homme, Coleman Silk, qui a renié ses origines pour réussir socialement.

Mais malgré tous ses efforts pour contrôler sa vie, il est rattrapé par son destin.

Sa trajectoire dérape.

La tache est cette souillure qui vient entacher un parcours de vie parfait tant sur le plan professionnel que personnel.

La tache fait aussi référence à la souillure humaine inhérente à notre condition.

En effet, nous sommes tous amenés à avoir un comportement immoral ou des paroles inappropriées à un moment donné.

Dans le roman, tous les personnages ont leur part d’ombre, c’est ce qui rend les situations si réalistes.

La tache, cette souillure issue d’un quiproquo

La tache fait écho à un incident qui a eu lieu pendant un cours de lettres classiques à l’Université d’Athéna.

Coleman Silk, un professeur et doyen de l’Université est accusé de racisme par une de ses élèves.

En réalité, le mot employé par Coleman Silk est ambigu et est sujet à interprétation mais l’accusation est nourrie par le contexte sociétal.

Coleman Silk devra démissionner.

Sa réputation est détruite en quelques instants alors qu’il avait été adoubé pour son intelligence et sa réussite professionnelle.

Delphine Roux, professeur à l’Université d’Athéna a joué un rôle clé dans la déchéance de Coleman Silk. Ce personnage mu par la vengeance et a l’ambition extravagante soutient les accusations de racisme. Elle contribue aussi à propager la rumeur que Coleman Silk manipule une jeune femme de ménage Faunia et entretient une liaison avec elle alors qu ‘elle pourrait être sa fille.

Le sensationnel l’emporte sur la vérité.

Et oui, les fakes news ne sont pas des faits nouveaux !

Le racisme, le féminisme sont aussi déjà des sujets brûlants d’actualité à l’époque.

La pression sociale désigne des coupables sans qu’ils ne soient jugés.

Contrôler sa vie c’est passer à côté de son être véritable

L’ironie de l’histoire veut que Coleman Silk soit lui-même issue d’une famille noire. Coleman Silk a toutefois décidé de renier ses origines raciales. Il a coupé les ponts avec sa famille et a décidé de s’inventer un passé pour réussir sa vie.

Il décide de se définir en tant qu’homme juif.

Ce secret invisible avait bien fonctionné jusqu’à l’incident.

Il lui a permis de vivre le rêve américain et d’accéder à une position sociale supérieure à une époque où la discrimination raciale faisait rage. Certains passages du roman suggèrent que le vieil homme regrette sa décision mais il se trouve enfermé dans son mensonge.

A force de vouloir contrôler sa vie, il est passé à côté de son être véritable et s’est épuisé à faire semblant.

La tache : souillure ou libération ?

L’accusation dont il a été victime a certes détruit son image sociale mais elle a un effet libérateur.

En effet, c’est lorsqu’il n’a plus rien à perdre que Coleman Silk s’autorise à faire ce qui lui plaît sans se soucier des conventions sociales.

C’est à ce moment-là qu’il entretient une relation amoureuse avec Faunia, une jeune femme qui a la moitié de son âge. Faunia est un personnage important de l’histoire. Elle est issue d’une famille bourgeoise mais son beau-père abuse d’elle sexuellement alors qu’elle n’est qu’une enfant.

Elle choisit de quitter le domicile familial pour échapper à son bourreau. Sa fuite marquera le début d’une vie de labeur marquée par la souffrance. Elle se marie à Farley, un ancien combattant du Viêtnam qui la bat. Ses enfants périssent dans l’incendie de leur maison alors qu’elle s’absente pour tromper son mari. Elle doit enchaîner les petits boulots non qualifiés pour survivre. Faunia incarne l’échec et la réprobation sociale.

Coleman Silk est attiré par Faunia car elle incarne cette liberté qu’il a abandonné en choisissant de vivre une vie rangée.

Ce que le livre m’a appris

  • En refermant ce livre, on réalise que nous ne pourrons jamais maîtriser entièrement le fil de notre histoire. Les leçons issues de la tragédie grecque sont toujours d’actualité : nul n’échappe à son destin.
  • Par ailleurs, renoncer à sa nature profonde pour faire plaisir aux autres ou pour réussir socialement est un mauvais pari : 
  • Les opinions sont versatiles et inconsistantes. L’image que l’on renvoie est fragile et ne correspondra jamais à nos attentes.
  • Autre grande leçon, la pureté ou la perfection sont des objectifs hors de notre portée car ils ne correspondent pas à la nature humaine.

Pour conclure, accepter ce que l’on est est le seul moyen de choisir sa vie, quitte à devoir affronter la pression sociale.

Photo : merci à Sabine van Straaten