Sabrina, du graphisme à l’entrepreneuriat « zéro déchet »


Articles, S'inspirer / lundi, octobre 29th, 2018

Sabrina était graphiste en agence puis en freelance.

Un jour, elle réalise que son mode de vie ne correspond pas à ses valeurs.

Elle décide de créer la marque KUFU pour proposer des emballages durables fabriqués à partir de chutes de tissu.

Depuis, elle propose des produits réutilisables pour un quotidien zéro déchet : sacs à vrac, cotons démaquillants lavables, pochons, sacs à baguettes ….

En Japonais KUFU signifie « faire avec les moyens du bord en toutes circonstances ».

Dans cette interview, Sabrina revient sur son changement de vie et nous explique comment elle essaye d’incarner le zéro déchet au quotidien.

Si vos deviez vous présenter à un inconnu comment vous définiriez-vous ?

Je ne parle pas aux inconnus, LOL

Quelles étaient vos passions enfant ?

Petite, ma plus grande passion était la gymnastique mais j’aimais aussi beaucoup l’aquarelle, la couture, ou dessiner des robes de soirée !

Qu’est-ce qui vous a conduit à la communication et au graphisme ? Pouvez-vous présenter vos expériences. Qu’avez-vous appris ? Qu’est-ce qui vous a déplu ?

C’est un concours de circonstances ! Je voulais être styliste donc je m‘étais rendue à toutes les portes ouvertes des écoles mais je n’aimais pas ce qu’il s’y faisait donc j’ai pris graphisme sur un coup de tête sans trop savoir où je mettais les pieds et finalement cela m’a beaucoup plus.

Pour ce qui est de mes expériences, j’ai été directrice artistique, j’ai travaillé pour des magazines, des agences de communication et j’ai également fait du freelance. Ces expériences m’ont appris que j’adore la pratique du métier mais pas la finalité qui, lorsqu’on travaille pour des marques pas très éthiques, est d’influencer grâce à de jolis visuels les consommateurs en les poussant à acheter. Ce que j’ai détesté c’était l’ambiance dans les agences de communication parisiennes !

Comment avez-vous eu l’idée de KUFU ? Combien de temps avez-vous mis pour définir le projet et le lancer ? Est-ce que vous avez continué à réaliser des missions de graphiste en freelance en parallèle ?

J’ai eu l’idée le 1er janvier et le site est sorti début avril donc il s’est passé 4 mois pour définir et lancer le projet !

Non, je n’ai pas continué la freelance sinon ça n’aurait jamais pu aller si vite et je voulais vraiment faire autre chose.

Beaucoup de gens ont peur de ne pas avoir les moyens financiers de changer de voie. Comment avez-vous financé ce projet ? Est-ce que vous arrivez à vivre de ce projet ?

Je n’ai pas eu d’aide pour monter mon projet mais je savais qu’il fallait que je me verse un salaire dès le début et c’est ce qui est arrivé donc c’était super ! Et oui, aujourd’hui j’en vis.

Quelles étaient et sont vos peurs ? Vos blocages psychologiques ? Est-ce que vous avez eu l’impression que cela était plus compliqué d’entreprendre en étant une femme ?

Ma plus grande peur c’est de devenir une patronne désagréable et de ne plus être assez attentionnée envers les gens qui travaillent avec moi. Non ça n’a pas été compliqué en étant une femme.

Comment a réagi votre entourage à l’annonce de ce projet ?

Dans mon entourage, les gens n’y ont pas vraiment cru mais ils attendaient de voir.

Quelle est votre ambition pour la marque KUFU : est-ce que vous souhaitez grossir et/ou internationaliser la marque ? Est-ce que vous pensez que vous pourrez conserver une approche artisanale à grande échelle ?

J’ai l’impression que beaucoup de créateurs veulent contenir leur croissance et travailler à petite/moyenne échelle par peur de perdre l’âme du projet.

Aujourd’hui, nous sommes déjà vendus dans plusieurs pays dans le monde et nous souhaitons réussir à relever le challenge de faire grossir le projet tout en restant artisanal.

J’ai toujours voulu être « le stylo Bic du zéro déchet », que lorsque l’on pense zéro déchet on pense à KUFU.

J’ai lu que des livres comme L’art de l’essentiel, Ma vie zéro déchet, des films comme Demain vous avait inspiré. Comment avez-vous mis en pratique les apports théoriques de ces oeuvres dans votre vie quotidienne ?

C’est justement mon projet et ma vie quotidienne qui ont évolué en même temps. C’est aussi dans mes besoins personnels que j’ai créé les produits KUFU.

Comme beaucoup de personnes parfois il y a des ratés car la vie est comme ça mais j’essaye de faire au maximum, tout en restant bienveillante avec moi-même.

J’essaye de minimiser mes déchets en achetant en vrac quand il y a une alternative mais j’ai constaté que cela demande de l’organisation et surtout, cela implique de remettre en question ses habitudes. Quand je parle de cette démarche autour de moi, beaucoup de gens me disent qu’ils n’ont pas le temps, que cela est contraignant…

Je les comprends, encore aujourd’hui j’oublie régulièrement mes sacs à vrac quand je fais mes courses (honte à moi). Est-ce que vous avez mis en place des habitudes ou des routines pour faire que ce mode de vie qui tend vers le zéro déchet soit moins contraignant ? Est-ce que vous avez procédé par étape ou est-ce que votre changement de mode de vie a été radical ?

Mon changement de mode de vie a été profondément radical au départ, j’ai tout remis en question en l’espace de 2 semaines. Mais en effet c’est difficile ! Par contre il n’y a pas de honte à avoir, on fait comme on peut. La vérité c’est qu’il faut du temps, moi-même je n’en ai pas et je fais comme je peux

Que répondez-vous à ceux qui pensent que nous ne pouvons rien faire, que même si à l’échelle individuelle nous réduisons nos déchets, cela n’aura pas d’impact car à l’autre bout de la planète, des pays comme la Chine et l’Inde se développent et génèrent aujourd’hui bien plus de déchets ?

L’essentiel est de faire comme on peut, en mettant ses priorités là où on a envie, tout en restant bienveillant avec les autres et soi-même.

Pensez-vous vivre selon vos convictions ?

Oui, je pense vivre selon mes convictions. Je suis fière des produits que je fabrique et vends.

À quoi avez-vous renoncé ?

Au début c’est sûr, j’ai renoncé à un bout de ma vie personnelle car tout cela prend du temps mais ça commence à aller mieux.

Est-ce que vous pensez que vous travaillerez sur le projet KUFU toute votre vie. Souhaiteriez-vous revenir en arrière ou explorer d’autres possibilités ? Avez-vous un plan B au cas où ça ne fonctionne pas  ?

Je ne sais pas, j’aurai peut-être d’autres envies ! Je n’ai pas peur du changement, je m’écoute donc le jour où je souhaiterais changer je m’écouterai.

J’ai une dernière petite chose à partager : nous lançons un crowdfunding sur ULULE, n’hésitez pas à faire circuler l’information.


Sabrina lance une campagne de crowdfunding pour développer sa marque et créer son propre atelier.

Et si on revalorisait l’artisanat au lieu de se rêver en « start-up nation » ?

Si le projet vous parle, n’hésitez pas à la soutenir dans sa campagne Ulule et soyez le changement que vous voulez voir dans le monde !

 


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