Sommaire

L’interview d’Alexandre Dana en bref : 

  • Alexandre Dana est le fondateur de LiveMentor, une école en ligne pour les entrepreneurs. 
  • Il vient de publier un livre La méthode LiveMentor 12 étapes pour libérer l’entrepreneur qui est en vous dans lequel il partage des sessions de coachings individuels qu’il a eus avec des entrepreneurs.
  • Chaque session illustre une étape et bien souvent un blocage émotionnel rencontré par un entrepreneur à l’avancement de son projet. A la fin de chaque chapitre nous retrouvons aussi le retour d’expérience d’un élève de LiveMentor. L’écriture de ce livre a donc été une aventure collective et je suis très fière d’y avoir participé. 😍J’ai rédigé un texte qui illustre l’étape “affirmation”. 
  • Avec Alexandre Dana nous avons parlé principalement de peur de changement, de l’évolution des métiers de la connaissance et d’organisation 
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Alexandre Dana LiveMentor

L’interview détaillée d’Alexandre Dana : 

LiveMentor et toi semblez évoluer en permanence. Or le changement n’est pas toujours facile à aborder à la fois sur le plan individuel et collectif car il crée beaucoup du chaos. Concrètement, comment fais-tu pour dépasser cette peur du changement, de l’incertitude et même les désirer ?

Alexandre Dana : C’est une sacrée question d’ouverture ! Au niveau individuel, j’ai appris à aimer le chaos, à adorer ça même. J’aime me confronter à l’inconnu, j’aime tester des choses mais il faut toujours qu’elles s’insèrent dans la mission de LiveMentor, à savoir, favoriser l’avènement d’une société d’entrepreneurs. Il faut aussi que les choses qu’on lance répondent aux attentes de notre public composé majoritairement de freelances, de commerçants et d’artisans … 

Il faut que ça les aide dans leur activité. Typiquement, j’ai lancé le carnet du temps car j’ai senti qu’il y avait une réelle demande des entrepreneurs autour de la problématique de gestion du temps.

Au niveau collectif, c’est délicat. L’entreprise est un bateau, il faut que ce bateau ait une direction claire sinon il tangue. L’obsession de LiveMentor est d’améliorer l’expérience de formation des entrepreneurs. Nous avons cette obsession de la qualité que je décris dans le livre.  Nous cherchons constamment à améliorer nos cours. Actuellement, une équipe travaille pour retourner complètement le contenu de cinq de nos formations. On cherche aussi à former constamment nos mentors et allons ouvrir prochainement notre académie afin qu’ils deviennent meilleurs dans leur accompagnement.

A côté de ce bateau, je propose à des membres de l’équipe de sauter dans des barques et d’aller explorer de nouveaux territoires. Par exemple, Kilian a lancé le magazine Odyssée de A à Z alors qu’on n’avait aucune expérience dans ce domaine. Il arrive aussi que ça soit moi qui parte à l’exploration. Ca a été le cas, cette année, avec l’écriture de mon premier livre et le lancement des carnets du temps. Ce sont typiquement des projets exploratoires mais là encore ils s’inscrivent dans notre mission : créer le meilleur écosystème pour les entrepreneurs en France. 

Quel est ton plus gros traumatisme en tant qu’entrepreneur ? Que t’a-t-il appris

Alexandre Dana : Il y a en a eu plusieurs. Il y a d’abord l’échec de mes deux premières entreprises. Il y a aussi ce procès perdu à cause de notre premier nom qui nous a fait perdre des mois de bataille juridique. 

Enfin, j’ai pris conscience que je ne soignais pas assez mes relations. Fut un temps où je travaillais tout le temps, je courais partout et le plus souvent je ne saluais même plus mes collaborateurs. Je pensais que je devais tout gérer. Je le confesse, j’étais ce petit con de boss ! 

Progressivement j’ai pris conscience que cette situation me rendait malheureux. Le déclic est intervenu lors d’un coaching. Une coach m’a dit que je m’enfermais dans le rôle du Roi Soleil. Ce rôle pouvait susciter l’admiration mais apportait aussi une forme de solitude. Surtout, il conduisait inexorablement à être détesté un jour ou l’autre. Ce n’est pas ce que je voulais. Ces mots m’ont transformé. Depuis, je me positionne au-dessous de l’équipe. Je sers l’ensemble et je les porte. Cela passe forcément par de nombreux échanges.
Je me suis rendu compte que si on fait confiance à son équipe, on assiste à des coups de génie. Il est difficile d’être performant dès la première semaine mais si on investit du temps sur des personnes, on assiste à de formidables transformations. 

Voilà ce traumatisme m’a appris la patience. Il m’a appris à ralentir pour mieux accélérer. 

Livre la Méthode LiveMentor

Dans ton livre, tu es assez critique sur le slashing et dans la formation “freelançing” tu encourages à la spécialisation. J’ai l’intuition qu’être généralise est un atout. D’ailleurs, les grands inventeurs sont des généralistes Da Vinci, Antoine de Saint Exupéry, Isaac Newton… Penses-tu qu’on puisse être reconnu sur le marché du travail quand on est généraliste ? Et si oui, quels conseils donnerais-tu à ceux qui comme moi ne veulent pas se spécialiser ?

Alexandre Dana :  C’est une question sur laquelle nous devons mieux communiquer. 

En ce qui concerne le freelancing, je persiste et je signe : je préconise la spécialisation même si cette spécialisation ne se situe qu’au niveau de la communication. L’enjeu pour 80-90% de nos clients qui débutent en tant que freelance est de trouver des clients. Or, il est plus facile pour démarcher et créer la confiance de revendiquer une spécialisation.

En ce qui concerne le slashing, je suis horripilé par la définition qui en est donnée par les médias. Ils prétendent qu’on peut être professeur de yoga pendant un an puis gérer un espace de coworking à Bali l’année suivante et revenir en France en tant que consultant en marketing l’année d’après. Pour moi, cette façon d’appréhender le slashing ne peut pas conduire à l’épanouissement. Je dis cela en connaissance de cause. J’ai croisé beaucoup de ces slasheurs en coaching. La majorité du temps, ils sont épuisés et/ou malheureux car ils ont l’impression de ne rien avoir construit sur le long terme. 

Ce que je défends par contre est de se diversifier en partant de sa mission. Prenons l’exemple de  Tolkien, il était écrivain, conférencier et formateur. Il avait donc plusieurs activités mais ces activités répondaient à sa mission qui était de créer des univers avec chacun sa langue. Tolkien était fasciné par les langues anciennes. J’aime cet exemple car je défends la stratégie de l’araignée. Je pense qu’il est plus intéressant de constituer un écosystème où chaque activité vient renforcer l’autre au lieu d’essayer de concilier des univers diamétralement opposés. On ne peut faire cela qu’une fois que l’on a trouvé son alignement. 

Je conçois par contre qu’on puisse comme toi envisager le slashing comme outil au service de la connaissance de soi. 

L’information n’a jamais été aussi accessible mais paradoxalement la connaissance est de plus en plus complexe. Le réel enjeu aujourd’hui est d’apprendre à traiter cette information, la connecter à notre situation et mieux agir en conséquence. Quels filtres as-tu mis en place pour traiter l’information ? Est-ce que tu as un système pour gérer la connaissance ? Quels sont ces principes et quels outils utilises-tu ? 

Alexandre Dana : C’est un sujet dont on pourrait parler pendant des heures. Je pense qu’aujourd’hui rien n’est plus important que de trouver la bonne information au bon moment. Je pense aussi que rien n’est plus dangereux qu’être inondé sous les informations. 

Je fais donc extrêmement attention aux informations qui viennent à moi. J’ai supprimé tous les réseaux sociaux de mon téléphone ainsi que ma messagerie. Je me sers du téléphone pour appeler et envoyer des sms. Ainsi, je ne suis pas tenté de consulter une information qui m’aura été poussée. Je sais qu’autrement, je ne pourrai pas m’en empêcher. 

Je fais également attention aux newsletters que je lis. Je vais même plus loin, puisqu’une fois par mois, je prends le temps d’auditer, de filtrer et de couper certaines sources d’information. 

Par contre, quand j’ai un coup de cœur pour quelqu’un comme Tim Ferris ou Seth Godin, je vais me plonger à fond dans ses écrits et lire la majorité de sa production. Ce qui m’intéresse ce sont les écrits les plus anciens. Je suis le genre de personnes qui épluchent les archives des blogs. La pensée d’une personne est tellement riche, que la comprendre et en tirer quelque chose est fascinant. 

En ce qui concerne les outils, j’en ai utilisé pas mal : dotolist, trello, wunderlist … mais au final je me suis concentré sur un client mail (superhuman) et un calendrier (google calendar). Si une tâche n’est pas dans mon calendrier, elle n’existe pas. Par exemple, je tiens beaucoup à ce que les entrepreneurs qui s’inscrivent sur Livementor signent une déclaration sur l’honneur de l’entrepreneur à leur entrée en formation. Je vais donc me bloquer 2 heures pour la rédiger. J’utilise aussi IFTTT pour automatiser certaines tâches, par exemple enregistrer une pièce jointe présente dans un mail automatiquement sur mon drive. 

Au-delà de ça, je n’ai pas de système de gestion de la connaissance. Je n’archive pas les articles que je lis, je ne prends pas spécialement de notes. Par contre, j’essaye de lire en profondeur. Il y a des articles que j’ai lus il y a 4-5 ans dont je me souviens encore parfaitement. Si tu lis avec attention et qu’une lecture te marque, je pense que cela suffit pour la retenir. J’ai appris à lâcher prise, si je n’ai pas retenu l’idée, c’est qu’elle n’était pas si importante. 

Sur la gestion du temps, il me semble que tu planifies rigoureusement tes journées à la minute près. Quelle place laisses-tu à la sérendipité ? Faut-il être organisé comme une machine pour être productif ? 

déconnexion alexandre dana

Alexandre Dana : Je crois beaucoup aux moments de déconnexionJe veille à m’octroyer deux heures de déconnexion par jour. Pendant ce temps, je ne suis connecté à rien, ce qui permet à mon esprit de trouver autre chose à faire.
J’aime tester de nouvelles activités comme l’acroyoga, l’aestetic danse…. 

Je suis une personne très intello donc j’ai besoin parfois de revenir à mon corps. Estelle Haas qui intervient chez LiveMentor au niveau de la prise de parole en public nous fait beaucoup travailler sur les techniques de respiration et la présence au corps. Nous organisons des stages centrés sur le lien au corps car le lien corps-esprit est primordial quand on entreprend. 

J’aime aussi beaucoup la marche, la randonnée. Je suis curieux donc ce n’est pas un problème pour moi de provoquer la sérendipité. Les gens qui m’entourent, mon environnement me nourrissent aussi énormément à ce niveau.

En école de commerce, j’avais du mal à supporter ce côté “meute de loups” au sens où tout le monde se ressemblait et parlait de la même chose. Mon père est psychiatre et ma mère acrobate de cirque, j’ai donc été habitué à être entouré de gens très différents. Ce que j’adore en coaching c’est de rencontrer des personnes qui travaillent dans des univers que je ne connais pas. 

Une de mes interrogations et de mes craintes avant de lancer mon activité était de ne pas arriver à concilier vie professionnelle et vie personnelle. Je ne t’ai jamais entendu parler de cette question. Est-ce que ça n’a jamais été un problème pour toi ? Si ça a été un problème, comment as-tu trouvé l’équilibre ? 

Alexandre Dana : Je parle peu de cela car les entrepreneurs qui ont le plus de mal à concilier vie personnelle et vie professionnelle sont ceux qui sont parents. Je ne me sens pas légitime pour parler de ça car je n’ai pas d’enfants. Je préfère que des mères membres de la communauté prennent la parole sur ce sujet. Les femmes portent des contraintes supplémentaires. Pour moi, nous ne devrions pas militer pour l’égalité salariale homme/femme mais pour une inégalité en faveur des femmes. Les femmes devraient être compensées financièrement pour leur contribution à la vie… mais c’est un autre débat. 

En ce qui concerne l’équilibre vie pro / vie perso et le couple, j’ai la chance d’être avec une personne qui partage la même vision du travail que moi. Nous pensons que le travail doit nous permettre de réaliser notre haut potentiel. Le fait de partager cette vision limite les risques de conflits. Je pense que même si on vient d’univers différents, il faut s’entendre sur des valeurs fortes pour durer.. 

La communauté qui est au coeur de la pédagogie de LiveMentor. On voit qu’il est difficile de concilier croissance et confiance, de maintenir la qualité des échanges lorsque le nombre d’acteurs augmente. A ce niveau, les communautés physiques ont un niveau d’engagement plus élevé. Quelles réponses va apporter LiveMentor à ces questions ? 

Alexandre Dana : Une réponse c’est de subdiviser cette communauté en petits groupes.
L’idée au sein de LiveMentor est de créer des forums avec des sous-catégories où chacun pourrait s’exprimer librement. Cela n’est pas simple d’un point de vue technique et humain car cela demande un investissement important. 

Avant le confinement, nous avions prévu de réaliser une tournée à travers la France pour lancer des clubs régionaux. L’idée est que des membres de LiveMentor se rencontrent régulièrement pour échanger. LiveMentor participerait financièrement pour que ces rencontres restent accessibles. 

🙏 Merci à Alexandre Dana de s’être prêté au jeu des questions-réponses. Je ne peux que vous recommander sa newsletter qui est excellente et la lecture de son livre si vous vous intéressez à l’entrepreneuriat. 

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