Je viens d’achever la lecture des 858 pages qui composent l’oeuvre emblématique de la littérature russe Anna Karénine écrit par Léon Tolstoï.

Ce roman m’a accompagnée pendant plusieurs semaines et c’est le deuxième auteur russe que je lis cette année. J’avais déjà lu Les frères karamazov de Dostoievski qui m’avait fait grande impression.

L’histoire d’Anna Karénine en bref

Anna Karénine est un roman féministe qui pose bien avant « me too » un regard critique sur la condition des femmes.

Cette question bien qu’au centre du roman est toutefois prétexte à d’autres questionnements sur le couple, le sens de la vie et la mort. Ainsi, Ana le personnage principal du roman est souvent éclipsé par Lévine un homme hanté par sa quête existentielle.

Les deux personnages évoluent en parallèle.

Anna trompe son mari qui ne semble l’aimer que par respect des traditions et pour soigner les apparences. Elle renonce à son fils et s’échappe avec son amant Vronski, un aristocrate russe dont elle tombe amoureuse. Par cet acte, elle refuse le rôle d’épouse mère qui est assigné aux femmes à cette époque. Sa relation avec Vronki lui permet d’échapper à sa condition et d’exercer des activités qui étaient interdites aux femmes. Cependant cela ne suffit pas à son bonheur car elle reste prisonnière du regard des autres. Elle est en quête d’idéaux qu’elle ne trouve ni dans ses activités ni dans sa nouvelle vie sentimentale qui ne cessera de la décevoir. Au final, l’amour la tourmente plus qu’il ne l’apaise car Vronski ne saura pas mieux que son mari se défaire des apparences pour assumer cet amour et ses conséquences.

Lévine est également un personnage torturé. Il est incapable de trouver des réponses à ses questionnements sur le sens de la vie et de la mort. Il cherche un apaisement qu’il ne trouve ni dans la philosophie, ni dans la religion, ni dans le mariage, ni dans la paternité mais contrairement à Ana qui cherche à faire taire ces questionnements, il n’a de cesse de chercher à les comprendre … Ses conclusions sur le sens de la vie sont maigres. Il en vient à conclure qu’il suffit de faire le bien pour être heureux mais qu’est-ce que faire le bien ? Est-ce renoncer à ces idéaux ?

Les réponses apportées sont subjectives.

Chacun peut interpréter les évènements à sa façon.La quête d’Anna Karénine va la conduire au suicide tandis que la résignation de Lévine le conduit à endosser le rôle de mari et de père modèle. Faut-il en pour autant en conclure que la résignation est la seule issue au bonheur ? On peut en douter. Au final, même si l’idéalisme d’Anna Karénine la mène en suicide, elle devient une martyre pour la liberté.

3 enseignements pratiques du livre Anna Karénine

En y réfléchissant, j’ai tiré plusieurs enseignements de cette lecture.

Il faut dire que de nombreux sujets sont abordés : le couple, la mort, la morale, l’amour, le bonheur, les relations homme-femme, l’opposition ville-campagne … Chacun pourrait faire l’objet d’une analyse.

Surtout, son portrait est doté d’une telle finesse psychologique que nous arrivons facilement a nous identifié aux personnages même si l’histoire se déroule dans la Russie aristocratique du 18è siècle.

Le premier enseignement est qu’il faut arrêter d’intellectualiser tout les évènements de notre vie. Certains faits nous échapperons toujours et n’aurons de sens que celui que nous voulons leur donner. Le personnage d’Ana échappe totalement à son créateur. Il la rêvait en incarnation du mal mais elle devient héroïne de la liberté.

Le second enseignement est qu’il faut s’éloigner du regard des autres. La quête de conformiste de Vronski et d’Alexis Karénine les font passer pour des marionnettes sans âme. Lévine et Anna Karénine eux se posent des questions. Ils cherchent à s’éloigner des normes culturelles pour créer leur propre système de valeurs et être heureux. Cette quête les rends intéressants.

Le troisième enseignement est qu’il faut arrêter d’idéaliser l’amour. Anna Karénine idéalise ses relations amoureuses. Elle ne cesse de projeter des attentes sur son amant, elle se convainc que son bonheur dépend de lui. Ce faisant elle se condamne à être malheureuse car ses attentes se seront jamais réalisées.

Conclusion

Tolstoi a mis 5 ans pour écrire le roman Anna Karénine. Il me faudra sans doute encore du temps pour digérer cette lecture.

En effet, je ressors de cette lecture avec le sentiment étrange de mieux connaître les tréfonds de la pensée humaine sans toutefois parvenir à les comprendre.

Tout au long du roman Tolstoi lève le voile les sentiments, les émotions, les pensées des personnages comme si le but ultime était de décortiquer les rouages de l’âme humaine. Pourtant malgré cette minutie les réactions des personnages échappent à la compréhension. On sent ici que Tolstoi est dépassé par son oeuvre. Il la voulait moraliste mais elle ne parvient à dégager aucune morale.

En tant que lecteur nous sortons de cette lecture un peu démuni car les réponses apportées sont mouvantes. Paradoxalement, le principal enseignement réside peut-être dans le fait qu’il n’y a pas de certitudes.

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