Quelle est la place de la rêverie dans votre vie ?

Après trois jours de retraite silencieuse, j’ai réalisé une chose : je passe énormément de temps dans mes pensées.

  • “Euh quoi, tu peux répéter stp ?” 
  • “Je te l’ai dit hier !”

Si ces phrases vous sont familières, c’est que comme moi, il vous arrive d’être physiquement là mais mentalement ailleurs. Cela a le don d’énerver nos proches. C’est grave mais le pire est le risque de passer à côté de sa vie. 

Toutefois, n’y-a t-il pas des avantages à ces errances ? Je remarque que mes meilleures idées viennent rarement quand je suis hyper-concentrée. Souvent, elles viennent de ces moments où mon esprit divague.

J’ai décidé d’effectuer quelques recherches. Je vous présente les résultats dans cet article.

Les effets négatifs de la rêverie

Ne pas profiter de l’instant présent

Le fait de vivre dans ses pensées nous coupe de la réalité. Nous n’observons plus ce qui se passe ici et maintenant.

Cela m’a valu bien des déconvenues. Si on se connaissait, vous pourriez être vexé par mon indifférence alors que vous me faites de grands signes. Non, je ne vous ignore pas, simplement, je ne vous vois pas car je suis absorbée par mes pensées. Ce n’est pas le plus grave. Je passe tellement de temps à concevoir le film dans ma tête et à planifier les prochaines scènes que je passe à côté du moment présent. 

Or le bonheur se trouve dans l’instant présent.

Avec le temps, j’ai compris qu’aucune destination n’allait m’apporter la paix. Peu importe ce que l’on accomplit. L’esprit humain va toujours courir après le prochain objectif. Quand j’ai publié mon premier livre, je pensais que cela allait être un des plus beaux jours de ma vie. Idem quand je suis devenue propriétaire.

En réalité, le sentiment d’accomplissement est éphémère. Très vite, j’ai commencé à me fixer de nouveaux objectifs et à nourrir de nouvelles ambitions. Je venais de grimper au sommet d’une montagne et au lieu d’admirer la vue je pensais déjà à grimper sur l’autre sommet un peu plus haut.

Passer à côté des émotions de ceux qui nous entourent

Il m’est arrivée de ne pas du tout réaliser que mes proches traversaient une crise ou étaient hyper heureux. 

Vivre dans ses pensées rend égoïste. Cela renvoie un message qui ne reflète pas notre personnalité. Dans mon cas, je ne suis pas du tout indifférente aux émotions des autres bien au contraire.

Simplement, parfois j’ai besoin de m’isoler dans mes pensées. C’est un moyen de me ressourcer. C’est sans doute dû à cette variable introvertie de ma personnalité dont parle Carl Jung. 

Perdre du temps

Il m’arrive fréquemment d’oublier ce que j’ai fait en mode automatique : ai-je fermé le garage ? Quel mot de passe ai-je inséré ? Ai-je bien répondu à ce message ?

Comme vous pouvez le remarquer, souvent il s’agit de détails sans grande importante. Toutefois mis bout à bout ils me font perdre énormément de temps !

Je perds énormément de temps à vérifier ce que j’ai fait ou à retrouver mes mots de passe ! Heureusement désormais je les note soigneusement dans un document.

Présenter comme cela, l’errance d’esprit n’est pas très attractive ! Pourtant y a-t-il des effets positifs ? Que dit la science ?

Les effets positifs de la rêverie (démontrés par la Science)

Les recherches scientifiques en la matière sont assez récentes alors qu’elles ont occupé une place centrale dans la spiritualité. Ainsi, les premières études datent des années 60. Elles démontrent que l’errance mentale est un processus inhérent au fonctionnement de notre cerveau humain. Nous ne sommes pas des ordinateurs. Nous n’attendons pas d’avoir résolu un problème avant de passer au suivant. Nos pensées vont et viennent constamment et cela a des effets positifs.

Echapper à l’ennui

Les errances mentales nous permettent d’échapper à l’ennui. Je pense que je n’ai jamais été aussi absente que dans mon dernier travail. Le fait que je passe énormément de temps sur mon téléphone portable aurait dû m’alerter. Dans les deux cas, il s’agissait d’un mécanisme de défense de mon cerveau pour échapper à l’ennui.

Des études ont montré que les personnes qui occupent des emplois sans grande stimulation intellectuelle (vigiles et chauffeurs de camion) passaient énormément de temps dans leurs pensées !

Surmonter les difficultés

Dans son livre Le sens de la vie, Viktor Frankl montre qu’il a survécu aux camps de concentration grâce à la rêverie. Le fait de se rappeler de souvenir heureux avec ses proches ou de se projeter dans le futur lui a permis de surmonter l’horreur. Sans cela, il n’aurait sans doute pas tenu. 

Notre imagination est une ressource formidable quand nous traversons des situations difficiles. Grâce à elle, nous prenons réellement conscience d’un concept profondément ancré dans la spiritualité orientale : l’impermanence.

Être plus créatif

On associe l’errance d’esprit au fonctionnement du cerveau en mode automatique. Effectivement, les recherches montrent qu’il y a un lien entre les deux. Et ce fonctionnement en mode automatique peut nous rendre moins efficaces.

Il peut aussi être dangereux pour notre santé mentale. Les travaux de recherche montrent que les personnes qui ont le plus de pensées négatives sont aussi celles qui sont plus susceptibles de développer des pathologies mentales.

Toutefois, ce n’est pas parce que le mode automatique est activé que notre cerveau “conscient” ne travaille pas. Ces mêmes recherches ont montré que les deux parties du cerveau pouvaient travailler en parallèle. De ce fait, la rêverie est un processus mental qui nous permet également d’être créatifs à condition que nos pensées soient neutres.

Cela explique pourquoi la solution à un problème apparaît rarement suite à des heures d’acharnement. Dans ces moments-là, il y a une “surcharge mentale”. Notre cerveau fonctionne comme une cocotte-minute. Il ne faut jamais ouvrir le couvercle sans avoir laissé reposer.

La difficulté est de trouver le juste milieu entre rêverie et action au quotidien.

Comment trouver le juste milieu entre rêverie et action ?

Accepter la rêverie

J’observe une tendance dans l’entrepreneuriat à vouloir être ultra-productif. Il existe des centaines de méthodes. La plupart visent à optimiser son temps coûte que coûte et à rester concentrer sur un objectif.

A mon sens le problème de ces approches est qu’elles oublient une donnée essentielle : nous ne sommes pas des machines ! Nos cerveaux humains ont besoin de pause, de rêverie et d’inconnu. C’est dans ces moments de rien que tout arrive. 

Développer sa conscience

Pendant une partie de ma vie, j’ai fait les choses par automatisme. Il est facile de rester dans sa routine.

Toutefois, depuis des années je m’intéresse à la philosophie. Elle m’a aidée à me poser des questions.

Les neurosciences et la psychologie apportent des réponses que l’on peut directement expérimenter à travers la méditation. La médiation m’a permis de prendre conscience de mes biais, de mes pensées négatives et de mes absences. La médiation est un moyen de développer sa conscience.

Ce n’est pas le seul : tenir un journal quotidien permet également cela. Si tout cela vous rebute, commencez par observer votre respiration. Les techniques respiratoires permettent de réduire l’anxiété et de s’incarner dans le moment présent.

Faire des pauses puis agir

Notre cerveau a besoin de faire des pauses régulièrement. Dans mon ancienne vie de salarié, je n’avais pas le droit de faire des pauses. 

Est-ce que je travaillais 7 heures d’affilée pour autant ? Bien sûr que non. Simplement, au lieu de sortir prendre l’air, j’en profitais pour traîner sur les réseaux sociaux. Or ce ne sont pas les pauses les plus profitables pour notre cerveau. J’avais l’impression de ne jamais vraiment couper.

Depuis, j’ai compris qu’au lieu de chercher à combattre les distractions, une meilleure approche était de prendre des pauses “conscientes” pour sortir marcher, cuisiner ou prendre une douche.


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