Cet article est une traduction d’un article de Zat Rana sur l’anxiété sociale qui m’a beaucoup plus. J’ai donc décidé de partager ses réflexions avec vous. J’espère qu’il vous plaira autant qu’il m’a plu. 

L’anxiété sociale touche davantage les plus pauvres

L’anxiété sociale est le stress causé par le fait de se comparer sans cesse aux autres et de penser sa place dans l’échelle sociale comme étant inférieure à celle d’autres individus.

Les personnes qui se situent en bas de l’échelle sociale (en terme de revenu, de profession et conditions de vie) sont en moins bonne santé que celles qui se situent en haut.

À première vue, cela paraît logique : ceux qui ont le plus de ressources ont accès aux meilleurs soins de santé. En réalité, cela n’est pas si simple.

Dans un ouvrage sur le comportement humain, le neuro-endocrinologue Robert Sapolsky affirme qu’une partie de cette différence est causée par le stress, et tout particulièrement le stress associé à notre propre conscience de la place que nous occupons sur cette échelle sociale.

Les facteurs objectifs jouent bien sûr un rôle mais quand on demande aux individus de juger leur statut par rapport à celui des autres, on observe qu’il existe un stress associé au simple fait de savoir qu’il y a des gens qui sont mieux placés qu’eux dans la société. Si vous avez conscience de cela, cela vous rend vulnérable à d’autres problèmes de santé.

Le goût pour les classements est responsable de l’anxiété sociale

Cela n’est pas si surprenant. Les humains ont toujours aimé les hiérarchies. Depuis que nous avons crée des communautés, nous sommes en compétition les uns contre les autres pour accéder aux meilleures ressources, et cette compétition a généralement créé une hiérarchie claire.

Historiquement, ceux qui étaient au sommet obtenaient toutes sortes de récompenses que les gens d’en bas n’obtenaient pas : de meilleures possibilités d’accouplement, de la  meilleure nourriture, un meilleur abri et à d’autres choses agréables à vivre. Aujourd’hui encore, les gens qui sont plus riches ou qui jouissent d’un statut élevé reçoivent des choses que la plupart des autres ne reçoivent pas, et c’est pourquoi il est logique que nous en fassions le suivi.

En fait, nous en prenons note à tel point qu’il est utile de penser que nous avons deux moi distincts :

  • le premier est « notre moi à la première personne » : ce que nous disons être, ce que nous aimons, la version de nous qui nous distingue des autres
  • le deuxième est « notre moi à la troisième personne » – ce que nous pensons que les autres pensent que nous sommes, ce que nous voulons faire croire aux autres, comment nous nous jugeons et où nous place ce jugement dans la hiérarchie du statut. Et ce dernier moi est incroyablement utile parce qu’en tant qu’être humain, vivre dans le monde physique, c’est vivre dans le monde social, et si vous n’avez pas l’intelligence sociale pour juger ce que les autres pensent de vous et du rôle que jouent les interactions sociales, alors votre capacité à bien vivre en souffre.

Dans le passé, ce « moi à la troisième personne » avait un rôle crucial à jouer. Dans les tribus de chasseurs et de cueilleurs la différence entre le haut et le bas de l’échelle pouvait être une question de vie ou de mort.

Par ailleurs, si trop de personnes pensaient du mal de vous, vous pouviez être rejeté de la tribu, et de fait être condamné à mort. Quand les conditions de vie sont difficiles, les individus ne survivent pas, ce sont les groupes qui survivent.

Le monde moderne génère de nouvelles maladies

Dans notre monde moderne et interconnecté, deux choses se sont produites :

  • la première est que nous sommes connectés globalement, ce qui signifie que la hiérarchie est beaucoup plus extrême. Ce n’est plus une compétition au sein d’un groupe de 150 personnes, mais une compétition observée sur 7 milliards de personnes, et nous savons tous qui est Bill Gates ou Jeff Bezos ;
  • la seconde est que le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui est beaucoup plus abondant (du moins dans les pays occidentaux, où la majorité d’entre nous ne se soucient plus de se loger et de se nourrir) et nos groupes locaux nous évaluent selon différents critères ( qui a fait la meilleure école, qui est le plus chic à l’église, qui connaît le plus de videurs dans les bars , etc.), nous n’avons pas seulement une place dans une hiérarchie, mais plusieurs places dans plusieurs hiérarchies, et cette place change en fonction des interactions et du contexte.
    Non seulement l’autoévaluation moderne, à la troisième personne, se juge-t-elle elle-même par rapport aux personnes qu’elle ne connaît pas et à celles qui n’auront jamais d’impact sur sa vie, mais elle recalibre constamment sa perception en fonction de critères des dizaines et des centaines de petits groupes différents auxquels elle appartient.

De ce point de vue, il n’est peut-être pas surprenant que tout cela puisse causer tant de stress et que les gens finissent par être exposés à des maladies dont ils seraient autrement totalement exempts.

Que faire pour vaincre l’anxiété sociale ?

La réponse est relativement simple : comblez l’écart entre votre moi à la première et votre moi à la troisième personne en calibrant vos principes et en vivant selon eux et eux seuls.

Il y a environ 200 000 ans, votre rang dans le groupe était directement lié à votre gagne-pain. Aujourd’hui, le monde est beaucoup trop complexe pour que ce soit le cas. Bien sûr, vous savez pertinemment que Bill Gates a plus d’argent que vous , mais qu’est-ce que cela a à voir avec vous ?

N’avez-vous pas assez de respect pour vous-même pour vous rendre compte qu’il a une vie , des valeurs et des objectifs différents qui répondent à sa propre individualité et que vous ne devez pas rivaliser avec lui ?

Dès que nous disposons d’un revenu de base qui couvre nos besoins en matière de logement et de nourriture, nous n’avons pas d’obligation de rentrer dans cette course au plus haut statut.

Dans chacune de nos interactions, le statut est en jeu. La plupart du temps, ce phénomène est inconscient et s’exprime davantage à travers notre langage corporel par rapport à une personne ou à un groupe. Vous pouvez même penser que vous vous en fichez, mais si vous n’avez pas vraiment défini vos propres valeurs et principes pour refléter votre individualité unique, et si vous n’avez pas surmonté la peur irrationnelle du rejet, alors vous accumulez probablement encore le stress de l’anxiété sociale en étant simplement avec des gens que vous croyez être mieux ou pire que vous.

L’indépendance vis-à-vis du statut social signifie que vous êtes la même personne au travail et à la maison, dans un bar local ou dans un autre pays. Cela signifie qu’en dehors des situations où cela affecte directement votre gagne-pain (peut-être lié au travail), il n’y a pas de personnes qui sont meilleures ou pires que vous, seulement différentes.

Et parce que nous sommes tous différents, la plupart des jugements n’ont pas d’importance. Et lorsque les jugements n’ont pas d’importance, le contexte social n’a pas d’importance, ce qui signifie que l’anxiété sociale et le stress social sont atténués.

Bien sûr le problème si on atteint ce stade c’est qu’on fait face aux situations sans avoir absolument rien à prouver, rien à montrer, rien à gagner. Et parce que tout le monde essaie toujours de prouver quelque chose, c’est toujours impressionnant pour les gens de voir quelqu’un qui a la retenue nécessaire pour ne pas faire la même chose.

Vous ne pouvez pas toujours être la plus riche ou la plus jolie, mais vous pouvez être la personne qui est la moins impressionnée par ces choses ; la personne qui regarde au-delà du statut pour voir le caractère à la fois en vous-même et chez les autres.

L’anxiété sociale et le stress psychosocial sont généralement des signes qu’au fond, vous vous souciez des mauvaises choses. Cela signifie que vous n’avez pas fait le travail nécessaire pour vous sentir à l’aise avec qui vous êtes et où vous allez, alors vous devez vous contenter du raccourci pour mesurer votre valeur.

Bien sûr parfois c’est évidemment beaucoup plus complexe que cela et que certaines personnes sont aux prises avec des versions paralysantes de l’anxiété et du stress qui vont au-delà mais pour la plupart des gens cette explication s’applique parfaitement.

La chose la plus insidieuse, bien sûr, est que même dans le monde moderne, jouer à des jeux de statut peut être nécessaire comme moyen d’atteindre nos objectifs personnels. Ce qui est rédhibitoire, par contre, c’est que lorsque vous êtes indépendant du statut – un état vraiment agnostique où vous n’aimez ni ne détestez le statut, mais que vous le voyez tel qu’il est – vous finissez en fait par attirer le statut.

Dans n’importe quelle situation sociale – qu’il s’agisse d’une négociation d’affaires, d’un rendez-vous ou même d’interactions avec des amis – la règle tacite est que la personne qui est la plus détendue (pas superficiellement détendue, mais vraiment, intérieurement calme) est la personne qui mérite le plus d’attention avec le temps. Les gens peuvent intuitivement le sentir.

Pourquoi est-ce que c’est comme ça ? Parce que pour être aussi calme, aussi détendu, il doit être vrai qu’ils n’ont absolument rien à cacher, qu’ils n’ont aucune vulnérabilité à couvrir, aucune agressivité pour cacher des insécurités plus profondes, ce qui établit immédiatement la confiance.

Vous ne remarquerez peut-être pas toujours cette personne tout de suite, mais quand vous le faites, vous ne pouvez pas vous empêcher d’être attiré vers elle.

Votre relation avec d’autres personnes peut générer ou détruire votre gagne-pain, et une grande partie de la différence réside dans une simple distinction : est-ce que vous vous jugez vous-même et jugez les autres en fonction de leur statut ou de leur caractère ?