Une belle reconversion : de Digital Designer à Guide Nature en Laponie


S'inspirer / dimanche, août 5th, 2018
Pour inaugurer cette rubrique, j’ai demandé à Hervé Jaouen de répondre à mes questions par écrit.
Aujourd’hui, on a tendance à se cacher derrière l’image, la vidéo .. Pour moi, les mots traduisent beaucoup du schéma de pensée d’une personne, c’est pour cela que j’ai choisi ce format.
Hervé Jaouen incarne bien l’état d’esprit d’Auda-sioux, qui est de vivre selon ses principes.
Hervé Jaouen a travaillé 10 ans dans la communication avant d’entamer un changement profond de mode de vie pour devenir guide nature en Laponie.

Il a accepté de partager son expérience et son ressenti dans l’interview ci-jointe.

Bonne lecture !

(temps moyen de lecture = 15 minutes)

Si tu devais te présenter à un inconnu, comment te définirais-tu ?
Je pense que je suis quelqu’un de normal qui essaye juste de trouver un sens et un but à sa vie. Les seuls moyens que j’ai trouvés pour le moment sont de créer, d’explorer et d’apprendre le plus possible. Je ne veux pas avoir de regrets.

Quelles étaient tes passions étant enfant puis adulte ?
Elles ont été multiples, j’ai fait pas mal de sport étant jeune : plusieurs années de canoë-kayak, plus d’une décennie d’athlétisme (j’avais atteint un certain niveau, j’ai plein de médailles qui traînent dans un placard) et je passais beaucoup de temps à dessiner, bien plus qu’à étudier (j’ai été l’élève d’un peintre).

J’ai la chance d’avoir eu une famille dans laquelle la culture tient une place importante, qui avait la bougeotte et qui aimait la randonnée. Ce qui fait que je suis tombé assez tôt dans le voyage et la nature. J’ai grandi à côté d’une forêt où je me « réfugiais » souvent. J’ai aussi un gros background de roller freeride (15 ans de pratique) qui rentrait dans une logique de liberté de mouvement à travers une discipline un peu anarchique et à contre-courant du monde du sport.

Puis étant adulte, après mes études, ça a migré sur le voyage et l’outdoor, à petite puis à grande échelle et j’ai commencé à alterner 2 modes de vie : 3 ans de boulot, 6 mois de voyage, 2 ans de boulot…

Qu’est-ce qui t’as conduit à la communication, au graphisme ? As-tu été passionné par le sujet ?
C’est intimement lié à mon parcours scolaire, donc je vais essayer de faire court. Je n’étais pas un bon élève, ce qui m’a amené à avoir un parcours scolaire chaotique et atypique, car on vit dans une société élitiste qui ne jure que par les notes et les diplômes.

Par chance, j’ai pris le tournant créatif très tôt, je savais que je voulais aller dans cette direction (à 14 ans je faisais de la 3D en amateur et je touchais déjà à Photoshop), ce qui m’a ouvert des portes. Je suis « sorti du rang » assez tôt et j’ai fait un CAP en graphisme, à 17 ans, je faisais déjà un stage dans une agence de communication (BBDO). Suite à cela, je me suis dit naïvement « ca y est, je connais le graphisme, j’ai un diplôme, je peux bosser ». Sauf que non, car aux yeux des employeurs je n’étais pas assez diplômé. Donc j’ai enchaîné des missions courtes ici et là, tant dans le graphisme que dans tout un tas de boulots qui n’ont rien à voir (Inventaire à Carrefour, serveur, jardinier…), les années galères quoi.

Au bout de 2 ans, je me suis dit qu’il n’était pas possible de continuer comme cela, alors je suis retourné dans le monde des études. Comme j’avais déjà un diplôme dans le graphisme, j’ai pu intégrer une École supérieure de communication visuelle (en sautant une prépa et une classe par la même occasion). Une année à plein temps et une année finale en alternance (Nuxe) avec un bon stage de fin d’études (Carré noir) : voilà, là j’étais rentré dans le monde de la communication !
Un an plus tard, je me suis barré au Canada où j’ai eu mon premier boulot « officiel » dans cet univers, car en France, c’était mission impossible.

Au retour, tout était devenu plus simple, l’expérience a pris le dessus sur les diplômes.

Aujourd’hui, j’ai un niveau qui ressemble à BAC+2 ou +4.

Je n’ai pas le BAC, je l’ai contourné et je ne me sens pas plus bête qu’un autre, j’ai comblé mes lacunes avec beaucoup de lecture et d’apprentissages alternatifs.  Ce qui démontre une fois de plus à quel point le système est mal fichu. J’adresse donc à ce système un bon gros geste grossier avec un doigt levé au ciel, car il m’en a bien fait baver, m’a mis plein de bâtons dans les roues, mais je suis quand même parvenu là où je voulais, sans lui !

D’un autre côté, mon parcours atypique m’a permis d’avoir une manière de penser différente, d’être audacieux et donc de sortir des sentiers battus sur le plan des idées. Ce qui est un atout dans le monde de la communication, mais aussi un poids, car on ne rentre pas dans la bonne case. La morale de cette histoire ?

Dans chaque cancre, se cache un futur créatif !
Dans une époque où on parle souvent de mise en place d’idées et d’entreprenariat, il serait peut-être temps de remettre en question notre système, non ?

C’est assez paradoxal de dire qu’être indépendant ne t’apportais pas de liberté ? D’autant plus que ce statut te permettait de voyager régulièrement, de vivre décemment et d’être reconnu pour ton expertise ! On a l’impression justement que beaucoup de ceux qui se lancent en Freelances sont en recherche de liberté (aménager ses horaires, choisir ses clients, ne pas s’enfermer dans un rôle…)
Tout dépend comment on définit le sens du mot « liberté ». Personnellement, j’ai appris le sens de ce mot en voyageant et en expérimentant, pas en travaillant, mais à la limite, c’est un autre débat.

Concernant le travail en indépendant, je pense qu’il apporte plus de liberté, mais aussi qu’il en enlève. Dans le monde de la communication, dans les « grosses » agences, on travaille principalement pour des grands comptes sur des gros projets. Ces projets sont souvent très créatifs et les budgets sont importants.Quand on est indépendant, on se retrouve avec pleins de petits clients et des budgets réduits. L’envergure change radicalement.  On gagne en liberté de mouvement et les horaires sont plus flexibles, mais on perd en liberté créative. Il y aurait une certaine « éducation » à faire auprès des clients pour leur expliquer qu’un freelance fera le même travail qu’une agence et que ça leur coûtera moins cher.

Il y a des questions de légitimité et de confiance qui font que les grosses entreprises, celles qui ont des fonds passeront majoritairement par des agences… Sinon elles tenteront de recruter directement des créatifs pour les intégrer à leurs équipes en interne. Ils font appel à des freelances de manière occasionnelle pour venir en renfort sur un projet déjà entamé, mais le jour où la stratégie et la communication d’une entreprise sera faite à 100 % par des freelances n’est pas près d’arriver. C’est complètement débile et illogique, mais c’est comme ça.

De plus, les indépendants se prennent plein de bâtons dans les roues au profit du salariat, il n’y a qu’à regarder de près les différents statuts (très limités) qu’on nous propose pour constater qu’il y a un truc qui cloche : des plafonds trop bas, des limites de temps, des taxes importantes… sans même parler de la montagne de paperasses ! Dans une entreprise c’est facile, il y a un comptable.  Dans mon domaine et en France, ce statut est contre-productif.

Au final le choix est simple : rester prisonnier du système ou de son patron. Super liberté !

D’ailleurs beaucoup d’indépendants retournent dans le salariat au bout d’un moment, ou hackent le système en créant un statut indépendant sur le dos d’un proche non-actif, afin de pouvoir élever son plafond. C’est quand même n’importe quoi qu’on en soit rendu à pratiquer ce genre de stratagèmes tellement le système de freelance est en bancal. La mesure alternative viable est de passer par des collectifs, mais on n’est plus indépendant, car on dépend des autres et un peu plus loin dans le processus, on se dit que c’est plus simple de monter une boîte et alors il n’y a plus qu’à répéter le schéma. C’est un cercle vicieux.

Le statut d’indépendant est tellement plus simple et plus logique dans d’autres pays, mais dans ce pays on aime bien marcher sur la tête alors… D’ailleurs, je songe à créer un statut indépendant à l’avenir, mais pas en France.

C’est assez paradoxal de dire que tu es impulsif, mais que tu prends énormément de temps pour penser. Est-ce que tu as souffert de tes contradictions ?Comment as-tu tranché ?  Je tournerais ça dans l’autre sens :  je prends du temps pour penser, mais je suis impulsif. C’est-à-dire que je vais beaucoup réfléchir, tourner le truc dans tous les sens et finalement prendre une décision.

Quand je prends une décision, je ne me cache pas derrière des excuses ou des prétextes, je me lance, ça passe ou ça casse ! Ça passe la plupart du temps, des fois ça casse, mais je peux compter sur des proches pour m’aider à me relever.

De plus, c’est en se cassant la gueule qu’on apprend à tomber sans se faire mal,et à terme, à ne plus tomber. On tombera à un moment ou un autre, c’est une certitude, il faut juste y être préparé psychologiquement et anticiper le rebond, ce qui passe par de la réflexion.

Au final, j’ai l’impression que tu aimais ce que tu faisais, mais que tu n’aimais pas le système pour lequel tu travaillais.
Pourquoi est-ce que tu as choisi de changer de voie au lieu de mettre à profit les compétences que tu avais au service d’une cause qui te touchait ?
Si je te disais que la plupart des ONG passent par des agences ? Ce sont exactement les mêmes processus, la logique d’appel d’offres…
Exemple : une ONG fait une campagne pour dire qu’il faut lutter contre la pauvreté dans le monde, mais au lieu de passer par un indépendant ou même un collectif,ce qui lui coûterait moins cher, serait plus éthique et lui permettrait d’investir son surplus de budget dans des actions concrètes, elle préfère faire appel à une multinationale pour réaliser son projet quitte à payer des sommes folles. C’est la triste réalité : une grosse hypocrisie.
J’ai essayé de démarcher des associations, mais à chaque fois, je me heurtais au même problème : la plupart d’entre elles étaient emballées, mais n’avaient pas de sous, j’ai déjà eu des offres pour « travailler gratuitement » – sans commentaire.

Si vous demandez aujourd’hui à n’importe quel créatif ou développeur, il vous dira probablement la même chose.
Donc moi, je veux bien mettre mes connaissances au profit d’une cause, mais qui ? Il n’y a personne ! Personne de viable financièrement en tout cas. Après, à l’avenir, je mettrais à profit mes connaissances, pour des amis ou des contacts pro dans mon nouveau domaine (c’est même déjà le cas, j’ai quelques projets en cours). Je serais toujours un créatif, je dessine toujours, j’ai toujours Photoshop ouvert… Et très franchement quand je vois le potentiel et la niche que représente ce nouveau secteur en matière de marché de com, je serais stupide de ne pas me pencher un peu dessus. Mais je considère que cette partie de ma vie professionnelle est désormais secondaire, pas prioritaire.

Qu’est-ce que tu faisais pendant tes voyages qui t’as permis de prendre conscience de ton attrait pour la nature ?
J’aime me perdre dans la nature, loin de tout, donc je ne voyage jamais sans ma tente et tout mon matériel de camping. J’ai fait environ une cinquantaine de treks sur tous les continents.

Je peux me targuer d’être allé dans la jungle amazonienne, d’avoir campé en Patagonie, d’avoir bronzé sur un atoll, d’avoir caressé un koala sauvage ou d’avoir marché dans l’Himalaya… ce genre de choses. En 2011, j’ai lancé mon blog sur ce thème  : le voyage nature.

Pour le coup, je vais vous rediriger sur une interview téléphonique au micro d’Eric Lange sur la radio « Le Mouv' » en 2012. Je bafouille un peu, mais ça répond à la question : https://vimeo.com/78078848 (Vers 1:20). (En passant, le projet dont je parle à la fin de l’interview s’est concrétisé en 2015).

Tu dis qu’il est important de prendre le temps de penser. Est-ce que tu avais des petits rituels lors de ces moments ?
Quand tu es dans un long trajet en bus dans un pays inconnu, quand tu marches 15 km en montagne, quand tu flânes dans une ville. Tous ces moments ne sont pas entièrement alloués à la découverte et à l’émerveillement, il y a un bon 50 % du temps pendant lequel on est juste perdu dans ses pensées. Quand je suis longtemps au même endroit mon rituel, c’est d’aller marcher au hasard, de flâner : voir de nouvelles choses dans la vie quotidienne donnent de nouvelles idées, permet d’entrevoir de nouvelles perspectives. Je suis un grand adepte du pifomètre.

Combien de temps as-tu mis pour définir ton projet ?
Entre le moment où j’ai postulé à ce programme en Finlande et le moment où j’ai pris la décision, il s’est passé tout au plus 6 mois.

Et sur ces 6 mois, 5 mois étaient juste dédiés à l’attente de l’ouverture des inscriptions. Ma peur, c’était plutôt « et si je ne suis pas pris », car je n’avais pas vraiment de plan de secours. Il faut bien comprendre qu’il n’y a que 8 étudiants étrangers sélectionnés par an sur plus de 100 candidats : c’était un gros coup de poker.

Mon projet pour l’avenir, je l’ai construit en partie au cours de l’année dernière et encore en ce moment.

Pour la première fois, je me projette un peu sur plusieurs années dans le futur, je n’ai pas l’habitude de ça.

Quelles étaient tes peurs ? Tes blocages psychologiques ?
Toutes mes peurs et mes appréhensions ont disparu quand je suis parti vivre au Canada et que j’ai commencé à voyager seul, donc c’était il y a 10 ans. Je n’ai plus de peurs ou de blocages psychologiques sur les décisions importantes de ma vie, juste du temps pour peser le pour et le contre.

C’est un des aspects hérités du voyage seul dans des coins un peu chauds, on en vient vite à complètement se maîtriser et à casser tous ses blocages psychologiques. « Voyager seul c’est apprendre sur soi-même, apprendre à se connaître, très très vite ».

Par exemple, quand tu as déjà vécu des moments hypers stressants, du genre ou ta vie est en jeu… A côté de ça, le stress que peut procurer un job ou une décision de vie apparaît juste comme une vaste rigolade (vécu). On apprend à considérer les choses importantes, à prendre du recul sur les autres et à se fier à son instinct.

As-tu parlé de ton projet à ton entourage ?
Bien sûr.

Côté famille, ils sont habitués à me voir partir donc ça n’a pas trop choqué de ce côté-là. Par contre, sur le coup de changer de vie, cela les a un peu titillés, mais j’ai exposé mes arguments et eu un gros débat qui s’est terminé sur « chacun sa vie, chacun ses choix ». Après tout, ce sont deux générations qui s’affrontent et qui n’ont pas eu les mêmes opportunités. On a quand même très nettement plus de liberté que la génération précédente et la génération suivante en aura encore plus que nous.

Du côté de mes amis, c’était plus du « pourquoi cela ne me surprend pas? »

À quoi as-tu renoncé ? J’ai l’impression que choisir, c’est renoncer.
Question de point de vue et de philosophie. On peut dire que j’ai renoncé à tout un tas de choses, mais de mon point de vue je m’en suis juste débarrassé car elles me freinaient.
Pour faire court, on peut dire que j’ai renoncé à une vie calme et normale, mais après qu’est ce qui est normal ?

Quelles questions ont nourri tes réflexions ? Est-ce qu’il y a des livres qui t’ont particulièrement inspiré ?
Pas tant de livres, plutôt des gens, des rencontres et des débats, mais surtout quelques questions existentielles qui amènent à d’autres questions :« est-ce que, quand je serais sur mon lit de mort et que je repenserais à ma vie, je serais satisfait d’elle ou pas ? » Et à travers celle-là : « est-ce que, si je meurs demain, je serais content de ma vie ou pas ? »

Pour le moment, ma réponse est « oui ». Si votre réponse, est « non », commencez dès maintenant à réfléchir à ça !
C’est la même question qui m’a poussé à partir à l’étranger à l’âge de 23 ans, qui m’a poussé à faire un premier tour de monde en solo avant mes 30 ans, un autre avant mes 35 ans et qui m’a encore poussé à changer de vie récemment. On a une seule vie ! Autant la remplir le plus possible… et de préférence avec des souvenirs et des émotions, plutôt qu’avec des objets. On dit souvent qu’il n’est jamais trop tard, mais on va tous vieillir et mourir. Nos choix vont se restreindre au fil du temps, du fait de problèmes de santé ou des capacités physiques liés à l’âge.

Préférez-vous gravir une montagne aujourd’hui ou vous préférez attendre d’avoir de l’arthrite pour ça ?
La vie c’est maintenant, pas demain et certainement pas hier.

Cette manière de penser s’est d’autant plus confirmée il y a 2 ans, car je suis tombé gravement malade, j’ai cru que ma vie allait s’arrêter et ça a clairement nourri la réflexion, ce n’était pas la seule raison, mais cela a servi de déclencheur pour changer de vie, mais bon, je n’avais déjà pas une vie normale à la base. Juste avant cet incident, j’avais comme projet d’acheter un voilier et de vivre dessus, lire ici. Mais j’ai annulé ce projet et j’en ai commencé l’actuel depuis.

Se donner plusieurs choix permet justement de choisir.
(oui ça va bien, je suis toujours en vie).

Quels conseils donnerais-tu à une personne qui cherche à donner plus de sens à sa vie ?
Je leur conseillerais de se poser les questions ci-dessus.

Tu dis que tu n’avais pas de dette, pas d’enfants, pas de conjointe… Penses-tu que tout le monde peut remettre en question son mode de vie ? Que faire si on est endetté, qu’on a une copine et des enfants ?
Mes motivations ne s’appliquent bien évidemment pas a tout le monde, mais je dirais qu’il y a toujours une solution, mais qui implique des choix.

Si on est endetté, sur une maison par exemple, on peut toujours revendre et choisir quelque chose de plus petit afin de dégager des fonds pour son projet. J’ai rencontré tellement de couples et de familles en voyage (dont certaines fauchées), donc je sais que cela n’est absolument pas un paramètre à prendre en compte pour remettre en question son mode de vie.

Si eux, il y arrive… La vraie question, c’est plutôt : est-ce qu’on est prêt à en payer le prix ou à en accepter les conséquences?

Par exemple, beaucoup me disent « wahoo tu as de la chance de voyager, moi, je ne peux pas blablabla », je leur suggérerais de lire mon point de vue sur la question : je pense qu’entreprendre un projet, quel qu’il soit, fonctionne sur le même raisonnement. Quand on veut vraiment, on trouve un moyen ; mais ce moyen passera par le sacrifice et ce n’est pas tout le monde qui peut accepter cela. On n’a rien sans rien.

Est-ce que tu penses que tu as trouvé ta voie et que tu seras guide en Laponie toute ta vie ? (ou que tu auras un travail en lien avec la nature ?)
Guide oui, uniquement en Laponie non. Je sais que je ne suis pas sédentaire, viendra un moment où je voudrais bouger. Par exemple, sur les 12 dernières années, je ne suis jamais resté plus de 2,5 ans au même endroit.

Mais pour la première fois, je pense avoir trouvé le schéma idéal : un job qui va me permettre de voyager tout en travaillant. Je pense que je serais guide pendant un bon bout de temps, mais c’est un secteur qui est tellement vaste qu’il offre un champ de possibilités tout aussi grand.

Participer à une expédition scientifique en Alaska ? Partir en mer et guider des touristes en Antarctique ? Chasser les aurores boréales au Groenland ? Guider des gens en Islande ? Traverser le pôle nord en ski ? Tout ça est théoriquement accessible. Pendant longtemps j’avais ce que j’appelle mon « camp de base » en France. Désormais, j’essaye de migrer en Finlande. Un endroit où je peux retourner si je pars longtemps, je préférerais que ce soit la Finlande plutôt que la France, et ce, pour tout un tas de raisons à la fois éthique, fonctionnelles et politiques.

Donc, dans l’idée, je suis dans une phase ou je m’apprête à immigrer sur du long terme oui.

Je ne peux pas être guide en France, car je n’ai pas le bon diplôme et toutes ces conneries (ha… la France !).

J’ai un projet pour la suite et je réfléchis à monter mon propre job dans un futur proche, j’ai même déjà fait un business plan. Mais je sais aussi que les projets changent tout le temps, donc on verra. « Wait and see » comme on dit… Je pense donc avoir trouvé une nouvelle voie oui, mais rien ne dit que dans 20 ans, elle sera toujours la même.

Il ne faut jamais dire jamais, tout peut arriver.

Est-ce que l’aspect réflexion qu’il y avait dans ton ancien métier ne te manque pas ?
Non, car il est aussi présent dans ce nouveau job, car être guide nordique, cela ne consiste pas juste à amener des gens du point A au point B.

Il y a toute une dimension sécurité, préparation, équipement, connaissances, analyse, repérage, orientation… qui en fait parti et qui pousse très loin la réflexion. Savoir comment traverser tel ou tel lac, savoir si tel champignon ou telle baie est comestible, quel est l’animal qui vient de passer par là…

La différence, c’est qu’il s’agit d’une réflexion saine qui servira à d’autres via du partage de connaissances, pas une réflexion commerciale pour créer un besoin… dont on n’a pas vraiment besoin! C’est de la réflexion utile et où on partage du savoir.

Je préfère de loin ce type de réflexion. Je trouve ça plus sain, plus éthique et surtout plus utile.

En tant que guide je me sens plus utile aux autres et ça c’est important ! 

Un grand merci à Hervé pour avoir partagé son chemin de vie inspirant ! Il incarne l’audace de vivre selon ses propres principes.

Retrouver les aventures d’Hervé sur http://www.wildernorth.com

Photo Credit : @hervé-jaouen. Merci !

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